FAIRE AMI-AMI AVEC LES ESPRITS

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Récemment, ma femme de ménage, Nyoman, m’a demandé un jour de congé. Comme je suis une vilaine curieuse j’ai voulu savoir si c’était pour une cérémonie. Non : sa fille Ayu, qui est élevée par sa famille à la campagne du côté de Kintamani, s’est évanouie. De fil en aiguille – car les Balinais, gens réservés, vous sortent rarement une histoire tout d’une traite – j’apprends que c’est déjà la deuxième fois, alors cette fois-ci on l’a envoyée à l’hôpital ! Certes, les chutes de tension sont fréquentes chez les adolescentes mais là, c’est différent: elle est harcelée par…des esprits ! En effet, là-bas, au collège, en plein cours, des monstres empêchent la jeune fille de se concentrer. Je vous vois déjà venir : non, Ayu n’est pas une tire-au-flanc, elle est même bonne élève ! Mais les descriptions de ces vilains personnages restent floues : apparemment ils ressemblent comme deux gouttes d’eau aux masques balinais : l’un, tout rouge, tire la langue, un autre a de longues dents acérées, un troisième le visage dissimulé sous une grosse crinière noire. Je n’ai pas bien compris s’ils la chatouillaient, la griffaient, lui ricanaient dans le creux de l’oreille, lui soufflaient dans le cou (remarque qu’un peu de ventilation ça ne fait pas de mal) ou quoi ; toujours est-il qu’ils la dérangent ! Cette fois-ci c’est en arrivant chez elle qu’Ayu est tombée dans les pommes car un de ces pots de colle l’a suivie jusqu’à sa porte !

Mais on a fini par s’apercevoir qu’une vingtaine d’élèves étaient dans le même cas que Ayu ! Il s’avère que l’établissement a été ouvert récemment et un peu à la va-vite et que la cérémonie religieuse d’inauguration a été légèrement bâclée. Grossière erreur qu’il fallait à présent rectifier au plus vite ! Nyoman a pris un autre jour de congé pour la cérémonie de l’école (qu’il faudra renouveler tous les six mois pendant quelques années) ainsi qu’une autre destinée à protéger le foyer d’Ayu. Le prêtre, mangku, doit effectuer une série de rites et sacrifier quatre poules : une noire, une blanche, une rousse et une bigarrée, disposées à chaque point cardinal. Et tout ceci pour une modique somme qui représente une moitié de salaire mensuel de ma pembantu. Mais il faut ce qu’il faut et, même si Nyoman travaille depuis longtemps pour des touristes qui insufflent un peu de scepticisme face à ce genre de choses, elle ne songerait pas à broncher – même en rêve ! Et puis tout n’est pas perdu : après la upacara on a le droit de manger les quatre poulets !

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