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Etre créatif, ça s’apprend aussi

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Vous êtes-vous jamais demandé pourquoi, alors qu’à l’école nous avons été sommés de faire comme tout le monde, de nous adapter au groupe et de ne surtout pas nous faire remarquer, arrivés à l’âge adulte, on n’a de cesse d’encenser l’original, d’acclamer sa créativité et de souhaiter faire renaître de ses cendres notre être intime dont toute aspérité a été arasée à coups de polissoirs du programme de l’Education nationale ?

Personnellement, je me pose cette question pratiquement tous les jours. Etant moi-même un pur produit de l’école française, je me surprends régulièrement à répondre à un élève qui veut dessiner trop souvent « prends un travail de grand d’abord, tu dessineras ensuite. » Non mais franchement, quelle absurdité ! Si un adulte aime passer du temps à dessiner, tout le monde l’acclame, si un enfant peaufine ses dessins, le professeur ou le parent est terrifié à l’idée qu’il prenne du retard !
En voyant l’enthousiasme des tout-petits au très beau concert « Claude Nougaro » organisé par l’EIFB contrastant avec l’attitude blasée des ados, j’ai eu envie de comprendre ce qui se passe à l’école entre l’âge tendre des élèves et leur puberté qui puisse expliquer l’inéluctable déliquescence de leur intérêt.

C’est la créativité qui nous différencie de nos amies les bêtes, et le système éducatif devrait, non pas l’étouffer, mais au contraire lui donner des ailes dans l’intérêt de notre commune humanité. A l’école, l’imaginaire est trop souvent cantonné à l’art et à certains aspects de la littérature alors qu’il est présent partout. Au nom d’une formation rationnelle des élèves et d’un esprit critique à leur inculquer, toute créativité est dévalorisée, voire niée. Comment a-t-on pu en arriver à ce système scolaire qui néglige tant ce qui nous rend unique ?

Certains lieux communs à la dent dure contribuent à mettre la créativité au ban de nos bancs d’école. Tout d’abord, c’est absolument faux de croire que l’on nait créatif ou pas. On peut enseigner à nos enfants comment développer leur créativité tout comme on peut leur enseigner nos chères matières terriblement scolaires. On nait tous, à quelque rares exceptions près, avec la capacité de compter, de lire, d’écrire ou d’être créatif. Cependant, le calcul, la lecture, l’écriture et la créativité ne vont pas nous pousser un beau jour comme une dent de sagesse à l’âge adulte ! Ce sont des capacités qui se développent en travaillant. L’école forme d’excellents maîtres pour enseigner tous ces sujets passionnants, pourquoi pondre des programmes mastodontes qui les empêchent de se pencher sur la créativité de nos bambins et ados ?

Par ailleurs, être créatif ne veut pas forcément dire être artistique. Certes, les arts sont fondamentalement créatifs, mais toute discipline peut être exercée avec créativité. Les mathématiciens et les scientifiques passionnés sont des êtres extrêmement créatifs, personne ne peut nier une telle évidence ! L’art et la science sont pratiquement devenus antinomiques récemment. Pourtant, dans l’histoire de l’humanité, nos grands étaient très souvent à la fois artistes et scientifiques, et les innombrables idées créatives qui étaient les leurs touchaient à de multiples domaines. Nous pouvons tous être créatifs, dans n’importe quel domaine, sans forcément être bons en dessin ou savoir jouer d’un instrument de musique.

La créativité implique un processus, un travail de maturation. Elle part d’une idée originale et ne peut s’épanouir que dans un environnement qui allie la liberté, condition à l’expression de toute imagination, et le contrôle, nécessaire pour que le résultat de l’idée première aboutisse. Le rôle de l’enseignant est donc de fournir ce subtil équilibre dans sa classe. Il doit être lui-même créatif, débrider sa propre imagination pour trouver les meilleurs moyens pour intéresser ses élèves, pour allumer leur curiosité et pour développer leur imagination. Les cours magistraux rendent les élèves passifs, ils les éteignent, littéralement ! Comment supporter sans s’étioler une école qui garde des élèves assis sur une chaise plusieurs heures par jour pour prendre des notes ?

Si l’enseignant crée des situations qui obligent ses élèves à faire preuve de créativité en posant des problèmes, des défis qui vont à la fois impliquer le groupe et solliciter les capacités individuelles de chacun, toute passivité sera envolée et les élèves dépasseront certainement les attentes du maître. Quel beau cadeau alors pour celui qui a choisi de dédier huit heures par jour à enseigner ! L’expert en éducation Sir Ken Robinson n’a-t-il pas écrit que l’enseignement bien conçu est une forme d’art ?

Micheline Hotyat, professeur à l’université Paris 4 – Sorbonne et ancien recteur de l’académie de Caen, prône elle aussi la pédagogie de projets. Elle écrit que la créativité doit entrer dans les apprentissages des élèves, dans les pratiques pédagogiques des enseignants, dans leur formation initiale et continue et dans les relais institutionnels. Le système français privilégie trop le savoir conceptuel, l’intelligence cognitive, « l’intelligence de mémorisation » ou « l’intelligence analytique », selon les termes de l’Américain Robert Sternberg, ceci, au détriment de l’apprentissage concret et de l’appropriation des savoirs. De nombreuses enquêtes montrent que les jeunes ne savent pas utiliser leurs savoirs hors du contexte dans lequel ils les ont appris parce que le système scolaire ne leur a jamais permis d’exercer leurs aptitudes dans des situations concrètes de défis à relever.
Au vu des résultats de la dernière enquête mondiale PISA sur les compétences des jeunes de 15 ans, il n’apparaît pas infondé de remettre en question cette primauté du cognitif. L’éducation du XXIème siècle se doit de faire une plus grande place à la créativité si elle veut pouvoir faire face à la mondialisation.

Depuis les années 50, de nombreux psychologues ont essayé de comprendre sur quelles aptitudes reposait la créativité. Ils sont parvenus à la conclusion qu’il n’existe pas une mais plusieurs formes de créativité et que les personnes les plus créatives sont celles qui combinent motivation, persévérance, et originalité. La conclusion la plus importante il me semble est que le poids stimulant du milieu est essentiel et que le génie inné est moins extraordinaire qu’on ne le croit. Ceci veut dire qu’il y a un peu de génie en chacun de nous et que, si nous grandissons dans un milieu encourageant l’imaginaire, nous pouvons tous être créatifs.

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