Et si on allait…

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En arrivant de France, parmi toutes les choses que l’on est amené à découvrir à Bali, le fait que personne ici n’appelle les centres commerciaux des centres commerciaux n’est pas une des moins surprenantes. On ne dit pas non plus grand magasin ou galerie marchande, on dit Shopping Mall. Et même le plus souvent juste Mall. Ici on ne fait pas les boutiques, on va au Mall. Etpourquoi cela ? Parce que ça n’est effectivement pas exactement la même chose. Le Mall estun concept inventé aux Etats-Unis après la seconde guerre mondiale par Victor Gruen, un architecte autrichien, qui après avoir fui le nazisme avait à cœur de conférer la convivialité des centres-villes européens aux vastes banlieues résidentielles américaines. L’idée était donc de pouvoir réunir sous un même toit, dans un espace piétonnier et protégé des intempéries et du climat, tout un ensemble de lieux de vie et de rencontre qui seraient à la fois propices aux loisirs, à la restauration, au divertissement, à la culture, au commerce… et surtout au commerce. En même temps, l’entretien, l’éclairage et la climatisation de ces milliers de m² ne pouvant se financer que par le seul plaisir d’être ensemble, il semblait inévitable que le chaland soit mis à contribution. D’autant que de par le monde, pour les populations qui ont accès aux loisirs, l’un des premiers d’entre eux est invariablement celui de consommer. Alors à Bali, comme dans le reste du Sud-Est asiatique, où tant la météo que l’urbanisme n’incitent pas franchement les classes moyennes à aller flâner dans une atmosphère étouffante et sur des trottoirs souvent à peine praticables, on a assez vite adhéré à l’idée. Certains pourront considérer que de voir ces temples consuméristes prospérer jusque dans les coins les plus reculés de la planète est une tragédie, d’autres affirmeront que Bali n’est plus un coin reculé depuis bien longtemps et que c’est aujourd’hui un haut lieu du tourisme mondial. Ce à quoi un touriste répondra sûrement, qu’en tous les cas, lui, n’a pas fait 10.000 km pour faire du lèche-vitrine en traînant des tongues. En se faisant l’avocat du diable, on pourrait faire remarquer qu’en définitive, ici, la chose a été plutôt bien maîtrisé. Car si même son inventeur a fini par considérer que le marketing et les promoteurs immobiliers avaient irrémédiablement perverti sa vision originelle, à Bali, le Mall a néanmoins su rester ce lieu de rencontre. Un endroit pour lequel on s’habille avant de s’y rendre, une occasion de voir et de se faire voir, où les familles font leur sortie du week-end et les adolescents leurs 1er rendez-vous. Mais sinon, il faut bien reconnaître que c’est à peu près comme partout ailleurs. On y va toujours dans l’espoir que cette fois-ci c’est la bonne, qu’on ne va pas y perdre son temps et finalement, après avoir parcouru des centaines de mètres de devantures de magasins insipides, on se rend à l’évidence qu’on s’est encore fait avoir. Tant pis. Tant qu’on est là, profitons-en pour aller manger dans l’un de ces délicieux restaurants franchisés.

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