Erreur 404

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Après la journée sans tabac ou la journée sans alcool, Bali invente la journée sans internet. Ce qui a priori est une 1ère mondiale pour une démocratie devrait faire grincer pas mal de dents. Mais au-delà du désagrément ou de la démonstration de force d’un certain nationalisme balinais, il faut bien reconnaitre que cela ajoute de la substance à une cérémonie devenue aujourd’hui la plus emblématique de l’île. La pratique de Nyepi, qui signifie littéralement faire silence ou faire retraite s’est affinée avec le temps, notamment en multipliant les restrictions dans les zones urbaines. D’une journée tournant au ralenti, on est passé progressivement à 24h sans sortir, sans lumière, sans bruit, sans radio, sans télé. Il était à prévoir qu’un jour ou l’autre internet passerait à son tour à la casserole. Ce qui peut être vue comme une contrariété ou une brimade est aussi ce qui rend cette cérémonie à la fois singulière et spectaculaire. Sans elle, Nyepi serait tout au plus comparable à un dimanche après-midi de novembre dans le centre-ville de Tarbes. D’un point de vue pratique, cette coupure a pour objectif déclaré de nous préserver des polémiques qui ont enflammé les réseaux sociaux les années précédentes en empêchant les moins zen d’entre nous de twitter leur frustration ou leur colère d’avoir à rester chez eux cloitrés sans rien faire. Dans un pays où le délit de blasphème existe encore et alors que Nyepi est un fait religieux, celui qui exprimerait de manière trop véhémente que cela constitue une entrave intolérable à tous les droits de l’Homme, et en particulier ceux d’aller surfer ou de regarder Netflix, s’exposerait à pas mal de problèmes. Car ici la notion du « tweet envoyé comme ça sans réfléchir » n’est pas une circonstance atténuante. Ce serait même plutôt l’inverse. Ayant découvert l’internet à peu près en même temps que la liberté d’expression au début des années 2000, le besoin s’est vite fait sentir de responsabiliser le public sur ce qu’il exprimait ou diffusait sur la toile. Ainsi dès 2008, soit 10 ans avant la France, l’Indonésie se dotait déjà d’un arsenal législatif particulièrement controversé afin de réprimer la manipulation de l’information, la diffamation, le revenge porn ou le cyber harcèlement. Du moins en théorie. Dans les faits, la fameuse loi UU ITE et son article 27 ajouté furtivement juste avant le passage du texte a surtout servi à faire régner la terreur parmi ceux qui se montreraient critique à l’égard de certains notables, hauts fonctionnaires ou législateurs. Pour remédier à cette anomalie, il est fréquemment évoqué le fait d’amender ou de reformer cette loi. Une chose qui s’avère beaucoup plus facile à dire qu’à faire pour des législateurs juges et partis. Dès lors, pour bien commencer une nouvelle année Saka et en accord avec la dimension purificatrice de Nyepi, ils se sont dit que couper l’internet semblait le meilleur compromis. Les traditionnels clichés de ciel étoilé sur Instagram devront donc attendre un peu.

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