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En route vers le Bali d’avant… avec Jan Mantjika

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« J’ai connu mon mari en Nouvelle-Zélande dont je suis originaire. Il avait bénéficié d’une bourse du gouvernement indonésien pour venir étudier l’agriculture et l’élevage. Nous nous sommes rencontrés à un show de danse, il était danseur comme tout Balinais qui se respecte, il avait fait une démonstration de baris. Deux ans plus tard, en mai 1964, je l’ai suivi dans son pays avec notre enfant d’un an pour nous installer, je n’avais auparavant jamais quitté la Nouvelle-Zélande. Comme il n’y avait pas encore de vols internationaux qui se posaient à Bali, nous avons atterri à Jakarta. Le gouvernement de Sukarno était dans une tension extrême avec la Malaya, il y avait des soldats en armes partout, j’étais terrifiée. Ils ont même fouillé les pots de lait maternisé, ouvert les talons de mes chaussures pour voir s’il n’y avait pas de littérature subversive ou de l’argent, j’étais suspecte en qualité d’étrangère. C’est la légation de Nouvelle-Zélande qui nous a sortis de ce mauvais pas et qui nous a aidé aussi à changer notre argent. A l’époque, on ne pouvait pas changer de devises provenant de pays « impérialistes ». J’ai eu envie de repartir tout de suite dans mon pays ! J’ai néanmoins continué jusqu’à Bali où j’ai reçu un magnifique accueil de la part de ma belle-famille avec qui je correspondais depuis 4 ans, ma belle-mère était une femme que je n’ai jamais vue s’énerver ni même proférer une mauvaise parole. Nous avons vécu les premiers mois dans ma belle-famille où j’ai été entourée de beaucoup d’attention et de soins, j’étais constamment chaperonnée parce que je ne parlais pas indonésien […]

En 1965, la situation politique s’est dégradée et nous avons vécu deux années terribles où des milliers de personnes ont perdu la vie en raison de leur appartenance au parti communiste, de leurs origines chinoises, de leur condition de paysan qui revendiquaient la redistribution des terres ou bien parce qu’ils avaient une quelconque influence en qualité d’intellectuel ou d’artiste. Tout le monde avait peur, nous restions enfermés. Un prisonnier échappé du bureau de l’immigration qui accueillait le trop-plein de la prison s’est fait massacrer dans mon jardin. Nous avons sorti un soir le drapeau blanc, en plein couvre-feu, pour que je puisse aller accoucher. La légation de Nouvelle-Zélande m’avait proposé de m’exfiltrer mais je ne voulais pas laisser mon mari seul. Je me souviens qu’une trêve dans les massacres a été décrétée pour que les chrétiens puissent aller célébrer Noël 65. Le choléra s’est rapidement propagé parce que les corps n’étaient pas correctement ensevelis. Il a fallu 7 ou 8 ans pour que la peur disparaisse et que les gens puissent se réconcilier. La vie a ensuite repris son cours, j’ai créé une agence de voyages en 1969 en plein centre de Denpasar, elle existe toujours. C’est depuis l’arrivée de Suharto au pouvoir qu’il a été possible de créer des sociétés privées. A l’époque, il n’y avait que 4 hôtels dignes de ce nom sur l’île, nous ne pouvions même pas accéder à Ubud tant les routes étaient mauvaises. Nous avons enseigné l’anglais et donné des rudiments de formation hôtelière au personnel recruté pour l’ouverture du Bali Beach Hotel. Il fallait leur apprendre ce qu’était une assiette, utiliser un robinet, raccrocher correctement un téléphone… On a fait beaucoup de chemin depuis […] J’ai passé plus des 2/3 de ma vie à Bali, mon destin est vraiment lié à cette île qui continue de me passionner. »

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