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En route vers le Bali d’avant…avec Asri Kerthyasa

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« A l’occasion d’un voyage entre amis en Asie du Sud-est au début des années 70, j’ai visité un Bali qui ne m’avait pas laissé un souvenir impérissable. Ce qui prenait le pas, c’était cette odeur d’huile de coco rance utilisée pour cuire un semblant de cuisine internationale ou du curry de tortue, je préférais nettement Yogyakarta, sa culture et sa cuisine authentique. En 1977, ma mère a tenu à ce que je l’accompagne en voyage à Bali, j’avoue que je n’avais pas envie d’y retourner. Elle avait apporté sa propre huile, comme faisaient toutes les Australiennes à l’époque. Nous avons séjourné à Ubud, qui contrastait fortement avec le losmen à Denpasar de mon premier séjour et là, le charme a opéré, j’ai adoré d’autant que j’avais repéré un Balinais qui me plaisait dans l’hôtel où nous logions, le Puri Saraswati qui existe toujours. Je suis revenu quelques mois plus tard après avoir démissionné de mon emploi d’enseignante de maternelle en Australie, j’avais le projet d’écrire un livre pour enfants, qui n’est toujours pas écrit à ce jour et surtout de retrouver mon amoureux. En 1978, nous nous sommes mariés, on ne peut pas dire que ma belle-famille se réjouissait de ce mariage mixte. Mon mari était un homme assez débrouillard qui avait étudié les beaux-arts, faisait le guide et avait même déjà visité l’Australie avant notre rencontre. Seule une de mes trois belles-mères parlait un peu l’indonésien, j’ai dû me mettre au balinais rapidement pour me faire comprendre. A l’époque, à Ubud, il n’y avait aucun confort, pas d’eau courante, pas d’électricité et même pas de téléphone puisqu’il fallait se rendre à Gianyar pour passer un coup de fil. Je n’en pouvais plus de manger tout le temps du nasi goreng. Je profitais que mes parents nous rendent visite parfois pour me faire inviter au Murni’s warung à Campuhan, manger un bon hamburger et boire du planteur ! Les touristes s’accommodaient parfaitement de cette vie austère : ce n’était que des anthropologues ou des voyageurs qui ne rêvaient que d’apprendre le gamelan, la danse ou les textiles balinais, cette fruste authenticité les réjouissait.
Nous étions une vingtaine d’étrangers à vivre à Ubud à l’époque. Il y avait quelques couples mixtes mais c’était surtout des femmes étrangères avec des Balinais, excepté Murni [du Murni’s Warung – Ndlr]. Peut-être que les Balinais ont compris depuis combien c’était difficile d’être marié à une femme étrangère, voilà sans doute pourquoi il n’y a quasiment plus de mariages mixtes dans ce sens là !
Quand nos enfants ont grandi et ont été en âge d’aller à l’école, malheureusement nous ne pouvions les envoyer à l’école internationale parce que c’était interdit à l’époque pour les Indonésiens. Nous avons donc choisi de les scolariser en Australie, nous faisions de constants allers-retours avec Bali. Quand ma fille a atteint l’âge d’aller au collège, l’interdiction a été levée, je l’ai donc envoyée à Dyatmika.
Vers 1988, tout a changé avec la construction de l’hôtel Amandari et l’avènement des hôtels de luxe. L’électricité est arrivée avec l’air conditionné et ça a tout bouleversé. Pour ces touristes d’un nouveau genre, moins gagnés à la cause balinaise mais davantage au luxe et au raffinement, tout le monde s’est équipé de réfrigérateurs, de piscines… Ubud a bourgeonné.
Avec l’élévation du niveau de vie, la surenchère des cérémonies a commencé. Elles n’ont plus rien à voir avec la simplicité que j’ai connue à mon arrivée et je me demande si ce n’est pas en train de perdre Bali. Il y en a de plus en plus, elles sont de plus en plus longues, empêchent donc les gens de travailler et coûtent de plus en plus cher. Les gens se saignent pour ne pas démériter, ils vendent leurs terres, que se passera-t-il quand ils n’en auront plus ? »

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