DIDIER HAMEL : SEULE LA QUALITE DES ŒUVRES M’INTERESSE

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Didier Hamel est arrivé en Indonésie en 1969 à l’âge de 22 ans et il n’en est jamais reparti. Cet artiste, issu des Beaux-Arts d’Auxerre, signe ses toiles et ses sculptures de l’anagramme « Dhaimeler ». Il est aussi le premier à avoir ouvert en Indonésie une galerie d’art en 1983 puis 3 ans plus tard il a co-fondé un véritable temple dédié à l’art en Indonésie comprenant des salles d’exposition, bibliothèque et musée. Sur une seule page,
il serait bien difficile de faire tenir 48 ans de vie et d’aventures artistiques dans l’Archipel …

Bali-Gazette : Didier Hamel, présentez-vous un peu à nos lecteurs, comment êtes-vous arrivé en Indonésie ?
Didier Hamel : Je suis né en Bourgogne il y a 70 ans. Suite à des études classiques, j’ai fait quelques études d’art. A la suite d’une première expo au Danemark, j’ai décidé de m’embarquer pour les tropiques et après avoir visité de nombreux pays, je suis arrivé un beau jour à Medan (Sumatra) où j’ai vécu quelques mois. Puis je me suis installé à Jakarta où j’ai enfin trouvé l’ultime inspiration. C’est surtout mon intérêt pour la culture locale qui m’a fait rester ici. Je mène de front plusieurs activités : je suis à la fois galeriste, éditeur, auteur et la nuit je me consacre à mon art.

B-G : Comment avez-vous eu l’idée de monter une galerie en 1983 ?
D H : Pendant mes premières années en Indonésie, en dehors d’avoir peint des femmes et sculpté des chats puis fait du cinéma, je me suis intéressé à l’art indonésien. Collectionnant pour le plaisir, je me suis passionné sur les relations entre les peintres occidentaux et l’Indonésie. Avec un de mes premiers clients, nous avons installé une petite galerie : « OET’S » au Blok M, (sud de Jakarta) qui fut inaugurée par le vice-président Adam Malik. A cette époque, le marché de l’art n’existait pas encore dans cette région et plus largement en Asie du Sud-Est. Il n’y avait aucune galerie privée dans cette ville et les peintres (peu nombreux) ne pouvaient qu’exposer au Centre Culturel Ismail Marzuki ou dans deux autres espaces mal équipés et mal éclairés. Cette première galerie a contribué à faire connaître Iwan Sagito, Nyoman Gunarsa, Jeihan, Faisal, Arie Smit et bien d’autres…

B-G : Trois ans plus tard, vous êtes passé à la vitesse supérieure ?
D H : Oui, avec mon ami Wiwoho Basuki, nous avons créé la « Duta Fine Arts Foundation » (Duta signifie ambassade en indonésien). Dans cet espace mieux adapté, nous avons vraiment réussi à stimuler le marché de l’art local tant auprès des Indonésiens qu’auprès des étrangers. Construite à Kemang (sud de Jakarta) sur 3500m², cette nouvelle galerie fut inaugurée en 1986 par Fuad Hassan, ministre de la Culture de l’époque. Installée dans des jardins tropicaux, elle comprend six salles d’exposition, une bibliothèque spécialisée sur l’Indonésie et un musée privé (fondé en 1997) qui sera probablement ouvert au public l’année prochaine. La collection du musée représente l’évolution de l’art en Indonésie des années 1600 à nos jours. Depuis 1983, j’ai organisé une expo par mois (parfois 2 ou 3 en dehors de la galerie) : des expos historiques avec des artistes disparus venus travailler en Indonésie; des expos avec des artistes étrangers d’aujourd’hui séjournant ou ayant séjourné dans l’Archipel et bien sûr de nombreux jeunes artistes Indonésiens de styles différents. Le critère de mes expos : tout d’abord me faire plaisir ! Les modes du marché ne me concernent pas, la renommée des artistes ne m’intéresse pas, seule la qualité des œuvres m’intéresse.

B-G : Est-on facilement à la fois artiste et marchand d’art ?
D H : A priori, cela pourrait sembler difficile (cul entre deux chaises) mais c’est tout à fait possible car ce sont des plaisirs bien
différents ! D’ailleurs, je n’ai jamais fait ma promotion personnelle dans ma galerie. Mais le plus compliqué est surtout d’être à la fois marchand d’art et collectionneur !

B-G : Ne juge-t-on pas le travail des autres artistes à l’aune de son propre art ?
D H : Pour moi non, car j’aime la découverte. J’y ai trouvé une certaine inspiration et surtout la liberté de faire ce qu’il me plait. Par contre, j’ai influencé  beaucoup d’artistes indonésiens.

B-G : N’est-on pas frustré parfois de voir des artistes dont on s’occupe connaître la gloire ?
D H : Non, seulement de la fierté ! Je ne peins pas pour la gloire mais pour mon propre plaisir.

B-G : Jugez-vous que le marché de l’art est très actif en Indonésie ? Ou qu’il l’était davantage sous Suharto?
D H : C’est le marché le plus actif et certainement le plus créatif du Sud-Est asiatique. Certes, du temps du président Suharto, l’économie se portait mieux. Mais à cette époque on parlait encore d’art… pas encore de spéculation.

B-G : Quelle est la valeur de l’art indonésien sur le marché mondial ?
D H : Question sans intérêt pour moi ! Le marché mondial est devenu une vaste pétaudière ! Pour moi, sa valeur serait plutôt spirituelle. En Indonésie, il doit sa spécificité à la profondeur de ses racines culturelles toujours vivantes. Je suis heureux que le marché de l’art se soit développé vigoureusement en Indonésie car en 1983, à part une petite dizaine de collectionneurs, on me prenait pour un fou !

B-G : Le Raden Saleh trouvé dans une cave en Bretagne dernièrement, estimé à 200 000 euros et adjugé à 7,2 millions d’euros est-il le témoin d’un boum de l’art indonésien ?
D H : Je ne pense pas… seulement le reflet de la spéculation !

B-G : Y a-t-il des collectionneurs d’art indonésien autre qu’Indonésiens?
D H : Oui, nos clients sont 60% étrangers et nous exportons dans le monde entier en particulier en France, USA et Allemagne.

B-G : Quels conseils donneriez-vous à des gens qui veulent investir dans l’art en Indonésie?
D H : D’aimer ce qu’ils achètent, c’est le meilleur des investissements !

B-G : Parlez-nous à présent de votre activité d’éditeur et d’auteur.
D H : Nous possédons aussi une maison d’édition : « Hexart Publishing ». J’ai personnellement écrit et publié une cinquantaine de livres et une centaine de catalogues sur l’art et les artistes en Indonésie. Je fus notamment le premier en Indonésie à publier un livre concernant un peintre indonésien (Antonio Blanco en 1990). Je termine actuellement une encyclopédie : « Les Artistes étrangers inspirés par l’Indonésie (1600- 2019) », résultat de 20 ans de recherches, qui paraitra bientôt. Avec le Centre Culturel Français de Jakarta, nous avions publié en l’an 2000 un extrait de cette encyclopédie qui ne concernait que les artistes francophones (206 pages).

B-G : Est-ce que les autorités indonésiennes ou françaises vous ont honoré par quelque médaille ou gratification pour la passerelle que vous avez construite entre nos pays et les recherches historiques que vous avez menées?
D H : J’ai refusé « les Arts et Lettres » à l’époque de Jack Lang (et j’en suis fier). Par contre, à la même époque, j’ai été décoré par la Pologne (ça m’a fait plaisir) mais je ne suis pas un athlète olympique et les breloques ne sont pas spécialement ma tasse de thé !

 

Duta Fine Arts Foundation, Jl. Kemang Utara n°55 A, Jakarta
www.dutafinearts.com
www.hexartpublishing.com

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