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Deux visions, deux méthodes pour le reboisement

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PT Bali Kayu Jati et PT Intaran Indonesia sont des entreprises à la fois semblables et différentes. Ces deux sociétés privées sont basées à Bali et leur activité principale est le reboisement de zones improductives. Les moyens et la méthode diffèrent cependant. PT Bali Kayu Jati, créé et dirigé par la Balinaise Sayu Made Putri, 26 ans, propose à ses clients d’acheter des teks fraîchement plantés et de les revendre avec un important profit lorsqu’ils auront atteint leur maturité. PT Intaran Indonesia, créé et dirigé par le Jakartanais Teguh Roziadi, 48 ans, parie sur l’exploitation commerciale des nombreuses vertus médicinales du margousier et les débouchés à l’exportation. Au cœur de la problématique, on retrouve la nécessité de répondre aux critères du développement durable et aux attentes des communautés locales.

Sayu Made Putri est professeur d’anglais à Denpasar. Elle n’a cependant jamais oublié Jelantik, son village d’origine près de Baturiti, ni les difficultés qu’ont rencontré ses parents paysans à exploiter la terre. Sur la suggestion d’un de ses élèves, elle plante en 2004 une cinquantaine de teks thaïlandais sur un lopin improductif de 3 ares appartenant à sa famille. Les arbres poussent à une telle vitesse qu’une idée germe rapidement: vendre des jeunes pousses dont les propriétaires n’auront plus qu’à attendre la revente 10 à 20 plus tard pour bénéficier d’un important retour sur investissement, reproduisant ainsi les méthodes et le langage du marché de l’immobilier. « Le profil des acheteurs est écolo, certains sont même dans le commerce du meuble et se sentaient un peu coupables », explique Sayu.

A l’origine bijoutier prospère, Teguh Roziadi a démarré son projet de plantation de margousiers en 2000. Connu depuis toujours dans la médecine indienne et ignoré jusqu’au 20e siècle par la science occidentale, le margousier est « l’arbre miracle » comme l’explique Teguh Roziadi. Les feuilles, les racines, la sève, l’écorce, les graines, les fruits, l’huile ont déjà démontré leurs bienfaits pour la prévention ou le traitement de plusieurs dizaines de maladies, des cancers au sida en passant par le simple mal de dents. Tous ses composants sont également de première utilité comme pesticide, c’est un excellent anti-moustique, ou comme fertilisant. PT Intaran Indonesia transforme et commercialise tous les produits dérivés de cet arbre.

Côté business, le point fort de PT Bali Kayu Jati est une technique de marketing simple. La société vend au minimum des lots de 100 teks sur une surface de 5 ares pour 30 millions de roupies, auxquels il faut ajouter 15 000 roupies par arbre et par année pour l’entretien. Le terrain est en sous-location pour 20 ans mais il existe une formule qui permet d’acheter, y compris pour les étrangers, par le biais d’une PMA. « Les trois premiers mois, les pousses ont besoin de soins particuliers et nous remplaçons gratuitement les arbres morts pendant cette période », explique Sayu. Sa société estime le profit net à la revente du bois après seulement dix ans à 456 millions de roupies en tenant compte d’un taux de déchets élevé de 25%. « A l’avenir, PT Bali Kayu Jati va construire sa propre structure de coupe du bois pour assurer les meilleurs prix à ses clients », ajoute-t-elle.

Le fonctionnement de la société de Teguh Roziadi est totalement différent. Aujourd’hui, il développe des plantations à Lombok, Flores, Sumba, Timor et Sumbawa, alors que la plantation pilote, la pépinière et l’usine de transformation restent basées à Bali. « On peut commencer à récolter après 3 ou 5 ans, la récolte se fait une fois par an, à la fin de la saison des pluies, et la transformation doit se faire sans délai », précise Teguh Roziadi. « Un arbre produit de 40 à 60 kg que nous achetons 3000 roupies par kg. Sur un hectare, on peut planter jusqu’à 1300 margousiers. Cela fait un rapport maximum de 234 millions de roupies à l’hectare », ajoute-t-il. Ses standards de production sont exemplaires « car les meilleurs margousiers ont été sélectionnés au moment de démarrer le projet », explique-t-il. Une qualité déjà reconnue sur les marchés internationaux puisque le Japon et la Corée du Sud sont clients.

Côté social, la méthode de PT Bali Kayu Jati est empirique. Jelantik a accueilli à bras ouvert le projet « de la fille du pays », affirme-t-elle, ravie de contribuer au bien-être de son village d’origine. Si l’entretien des forêts ne crée pas beaucoup d’emplois, tout au plus de l’embauche journalière de temps en temps, l’aide apportée par PT Bali Kayu Jati à travers des programmes d’enseignement de l’anglais pour les enfants et surtout la promesse contractuelle de reverser 5% des bénéfices aux villageois, a ouvert bien des portes. Aujourd’hui, PT Bali Kayu Jati prospecte d’autres régions de Bali. « Nous cherchons également à obtenir les certifications auprès du Forest Stewardship Council qui garantiront que notre bois provient de plantations légales et gérées durablement », précise-t-elle.

Pour Teguh Roziadi, le volet social est inscrit au cœur du projet. Sensible à ces notions et aux problèmes causés par l’utilisation de pesticides chimiques, il a vu dans la culture du margousier une solution simple et efficace pour les communautés locales. Notamment dans ces terres arides de l’est de l’archipel où le monde rural se débat dans des difficultés sans fin. « Le margousier peut réhabiliter les terres improductives », confirme le fondateur d’Intaran Indonesia. « Les racines très profondes de l’arbre apportent et fixent l’humidité dans les sols desséchés et ses larges frondaisons font baisser les températures », ajoute-t-il. Le gouvernement a compris l’intérêt du margousier et le ministère de la Forêt est désormais associé à plusieurs projets.

Stratégie commerciale de type foncier ou transformation et vente de produits dérivés, des arbres pour le mobilier ou des arbres pour la santé, tek ou margousier, ces deux formules de reforestation agrémentée de vrais bénéfices pour les communautés sont des exemples encore nouveaux à Bali. D’autant qu’à l’exception de quelques relais bénévoles sur le terrain, ces deux sociétés ne comptent que sur leur viabilité économique pour réussir. Toutefois, comme l’explique un expert de Greenpeace dans un article du Monde du 14 mars dernier sur la déforestation de la planète : « On ne peut pas mettre sur un même plan la progression de plantations qui privilégient une ou deux espèces à croissance rapide, et n’ont aucun intérêt sur le plan de la biodiversité, et la destruction de zones tropicales très riches, qui se poursuit à un rythme très élevé ». Greenpeace vient de faire parvenir une lettre au Livre des records Guinness afin de nominer l’Indonésie en tant que pays présentant le plus haut taux de déforestation au monde. Dont acte. Aussi louables soient-ils, les projets de ce type ne doivent pas devenir l’arbre qui cache la forêt, ou, dans ce cas précis, l’arbre qui cache la disparition de la forêt.

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