DEUX JEUNES INDONESIENNES SUR LES TOITS DU MONDE

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A 24 ans, les étudiantes Fransiska « Deedee » Dimitri Inkiriwang et Mathilda « Hilda » Dwi Lestari sont devenues en mai dernier les premières femmes indonésiennes à conquérir les « 7 Summits », les plus hauts sommets de chacun des 7 continents (Carstensz Pyramid, 4884m ; Mt Elbrouz, 5642m ; Mt Kilimandjaro, 5895m ; Mt Aconcagua, 6962m ; Mt Vinson en Antarctique, 4892m ; Mt Denali en Alaska, 6190m ; Mt Everest, 8848m). Rencontre avec deux jeunes femmes qui ont pris de l’altitude.

Bali-Gazette : Comment ce projet de conquête des « 7 Summits » a-t-il débuté ?
Deedee et Hilda : Le projet a émergé en 2014 avec une première mission qui était de remplacer les vieilles cordes usées sur le Carstensz Pyramid (ou Puncak Jaya, dans la partie indonésienne de la Papouasie), une mission rendue possible par le soutien de la compagnie minière Freeport. C’est après le succès de cette première entreprise, qui a eu valeur d’essai à taille réelle, que l’idée de continuer avec les autres sommets a pris corps parce qu’aucune autre femme indonésienne ne l’avait réalisée auparavant. On a donc commencé, à quatre au début, à planifier le tout et à chercher des sponsors. (NDLR : deux des jeunes femmes de l’aventure initiale ont dû abandonner en cours de route pour raison médicale pour l’une, et professionnelle pour l’autre)

B-G : Justement, ces projets requièrent un financement très conséquent. Quelles sont les institutions et/ou entreprises qui vous ont soutenues ?
D et H : Les soutiens n’ont pas toujours été les mêmes pour chaque expédition. Freeport et notre université (l’Université catholique Parahyangan de Bandung, UNPAR) ont permis la première. L’Elbrouz et le Kilimandjaro ont été sponsorisés par UNPAR et Multi Karya Asia Pasifik Raya (une entreprise des secteurs minier, pétrolier et gazier). L’Aconcagua le fut par notre université à nouveau. Et les trois dernières par la banque BRI, avec la participation de Multi Karya encore pour l’Everest.

B-G : En quoi votre préparation à ces ascensions a-t-elle consisté ?
D et H : Pour ce qui est de l’adaptation aux températures, nous nous sommes servi de chaque ascension comme d’une préparation pour la suivante. Des hommes ayant déjà accompli les « 7 Summits » nous ont conseillé tout au long de l’aventure. Nous avons aussi fait beaucoup de recherches et de lectures sur l’équipement à utiliser dans ces conditions et sur les glaciers. Nous avons également étudié la méthode Wim Hof qui permet d’adapter sa respiration à l’altitude. Pour ce qui est de la préparation physique, ce fut à base de courses d’endurance, de randonnées hebdomadaires où nous portions de 20 à 35 kilos sur nos dos et d’exercices cardio dans les escaliers de notre campus. Le yoga et la natation nous ont aussi aidées. Enfin pour le Denali nous avons suivi une préparation supplémentaire consistant en des randonnées longues de 8 à 10 heures avec forts dénivelés en portant des sacs de 24 kilos et en tractant des pneus de camions.

B-G : Le Denali en Alaska est donc le sommet le plus difficile des sept ?
D et H : A nos yeux oui parce que nous nous sommes préparé à porter notre propre équipement pendant 22 jours car il n’y a pas de porteurs là-bas. Heureusement nous avons pu le terminer en 16 jours. L’ascension est uniquement faite de glaciers, il y a donc beaucoup de crevasses et les changements de temps y sont fréquents. Enfin la distance entre le camp de base et le sommet est la plus longue de toutes les ascensions, davantage encore que l’Everest que nous avons fait dans de bonnes conditions météo.

B-G : Et quelle fut la plus belle ascension ?
D et H : Elles furent toutes belles, avec leurs propres caractéristiques. Sur le Carstensz vous voyez tous ces rochers et hautes falaises magnifiques. Sur le Kilimandjaro, il y a différents types de végétation, de la jungle tropicale jusqu’à la toundra. L’Elbrouz fut notre première montagne glacée, couverte entièrement de neige. L’Aconcagua a une savane magnifique, au moins sur les premiers jours d’ascension. Pour le Vinson en Antarctique c’était incroyable d’être aussi loin de chez nous et c’est un endroit très difficile d’accès. Denali se distingue par sa difficulté mais le résultat en valait la peine. Et l’Everest est magnifique et mythique.

B-G : Vous avez beaucoup insisté sur le fait que cette aventure n’était pas seulement pour vous mais aussi pour l’Indonésie et son unité. Qu’entendez-vous par cela ?
D et H : Il y a beaucoup d’évènements en Indonésie qui vont contre l’unité du pays. Il y a eu des actes terroristes pendant notre ascension de l’Everest. La même chose s’était déjà produite pendant notre séjour sur l’Aconcagua. La campagne pour le poste de Gouverneur de Jakarta avait aussi provoqué de fortes dissensions religieuses. Nous avons donc voulu apporter une image plus positive et à même d’unifier le pays. Le gouvernement et le Président nous ont d’ailleurs exprimé leur appréciation suite à l’ascension de l’Everest.

B-G : Vous êtes les premières femmes indonésiennes à accomplir cet exploit des « 7 Summits ». Est-ce que la cause des femmes dans le pays est également un enjeu pour vous ?
D et H : Evidemment. Nous sommes fières d’être des femmes indonésiennes et de représenter leur cause à travers cette aventure. En plus, ma thèse d’université (pour Hilda) est sur l’autonomisation des femmes. Donc nous espérons inspirer des femmes et permettre à la communauté féminine de randonneurs de grandir.

B-G : Quels sont désormais vos projets ?
D et H : Nous voulons faire l’ascension du Mt Kosciuszko en Australie (2228m) parce que certains pensent qu’il s’agit du plus haut sommet réel d’Australasie. Il n’y a pas de consensus entre le Kosciuszko et le Carstensz donc nous souhaitons faire les deux. Après cela nous reprendrons le cours normal de nos vies. Mais le Mont Blanc reste aussi un projet qui nous tient à cœur dans le futur. Ce qui est sûr, c’est que nous continuerons à voyager parce qu’on s’imagine mal assises derrière un bureau toute notre vie.

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