DECOUVRONS LE MONDE DU CORAIL AVEC DES JARDINIERS DE L’OCEAN

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Pour beaucoup, les coraux ne sont que des pierres colorées qui servent de décor dans les aquariums ou au fond de la mer pour mettre en valeur les poissons. En fait, ce sont des animaux qui sont entrés en symbiose avec des algues. Leur vie est menacée par les épisodes de réchauffement liés à El Niño, la pollution ou encore les ancres qui raclent les fonds. Mais ça fait une vingtaine d’années qu’un espoir est né avec le balinais I Nengah Manumudhita, appelé pak Manu, qui a développé différentes techniques pour reproduire le corail, à la fois pour le marché de l’aquariophilie et aussi pour restaurer des récifs. Le mois dernier, il a ouvert une de ses fermes de corail au public à Candidasa. Partons ensemble en visite guidée dans cette ferme sous-marine pour comprendre enfin la beauté et la diversité du monde du corail.

On ne visite pas une ferme aquacole comme on entre dans un musée. Il faut montrer patte blanche, choisir son jour de visite en fonction de la marée et de la météo et accepter de ne pas s’enduire de crème solaire parce que ça nuit à la bonne santé des coraux – vous comprendrez un peu plus bas pourquoi. Après une heure de route pour nous rendre à Candidasa sur la côte sud-est de Bali, nous voici arrivés. Nous surplombons la baie de Candidasa depuis une petite construction qui abrite aussi une réserve de matériels pour les pêcheurs qui travaillent sur les coraux. Pendant que la marée continue à descendre, nous nous asseyons bien sagement dans cette sorte d’éco-musée en plein air et nous regardons avec attention les vidéos qui nous sont proposées, simples et bien documentées : nous commençons notre apprentissage du monde fascinant du corail. Polypes, coraux mous et durs, nous comprenons en 3 mn toute la complexité de ces animaux qui puisent leur nourriture dans la symbiose qu’ils entretiennent avec leur environnement. En fait, les coraux intègrent des algues unicellulaires, les zooxanthelles. Ces algues par photosynthèse vont transformer l’énergie du soleil en glucose et c’est ce glucose dont vont se nourrir les coraux. Qui pourrait croire qu’ils sont si sensibles à la température de l’eau et à la qualité de leur environnement et qu’en l’espace de quelques jours, ils peuvent être tellement stressés qu’ils meurent !

Après cette introduction bien menée, il est temps d’enfiler nos combinaisons et nos chaussons de plongée pour aller visiter les dizaines de tables de coraux qui sont installées dans la baie depuis 2003. Nous suivons dans l’eau le biologiste marin qui anime cette visite et qui nous explique que c’est Pak Manu le premier qui a eu l’idée d’élever des coraux à travers sa marque Bali Aquarium. Il a fallu batailler pendant environ 5 ans pour obtenir les autorisations parce que les coraux sont des espèces protégées par la convention CITES (Convention on International Trade of Endangered Species). Les autorités contrôlent de près leur élevage en comptant les colonies mères pour s’assurer que cette ferme ne sert pas de prétexte à continuer des prélèvements de coraux sauvages. Nous découvrons petit à petit les différentes variétés de coraux et leurs infinis nuances de couleurs et de formes. Ils peuvent pousser jusqu’à 2cm par mois si l’eau n’est pas trop chargée en nitrates et pas trop polluée, ni trop chaude. Le biologiste nous explique dans le détail comment l’installation de différentes maisons et villas au-dessus de la ferme depuis une dizaine d’années a modifié la pousse de certaines espèces. Car, comme il le répète à de nombreuses reprises, les coraux et les algues se mènent une guerre lente et il semble que les coraux aient toujours le dessous. Voilà pourquoi les pêcheurs de la coopérative locale qui travaillent aussi dans la ferme passent une partie de leur temps à nettoyer les coraux et à retirer les algues qui, peu à peu, les asphyxient si le milieu n’est pas équilibré.

Ce sentier pédagogique sous-marin ne se limite pas à la présentation de différentes espèces de coraux, nous croisons aussi des anémones de mer avec leur inséparable poisson clown. Les anémones de mer sont aussi des animaux qui vivent sur le même principe que les coraux sauf qu’elles n’ont pas d’exo-squelette et qu’elles peuvent même parfois se déplacer ou attaquer des prédateurs avec leurs filaments urticants. Le petit Nemo que nous croisons est une des seules espèces à s’approcher de l’anémone et même à se cacher dans ses tentacules parce qu’il a développé une résistance au poison de son hôte.

Au bout d’une heure trente de balade sous-marine arrive la troisième partie de notre visite, le bouturage du corail. On vient d’apprendre que le corail est un animal mais personne n’a de scrupule à attraper une pince coupante et à en sectionner des bouts ! En fait, la vie du corail a cela de commun avec le banian qu’elle est éternelle. On bouture, on fixe solidement sur un support et la vie continue. En l’occurrence, nous fixons nos boutures sur une sorte de structure arrondie qui sera plus tard installée un peu plus loin dans la baie pour restaurer un récif. Et d’ailleurs, à ce propos, quand les coraux ne trouvent pas preneurs parce qu’ils sont trop gros ou ne correspondent pas aux standards du marché, ils sont réimplantés sur des récifs endommagés. Hormis le bouturage, un système mis au point par pak Manu, sachez que les trois quarts des coraux se reproduisent de manière synchrone naturellement en relâchant leurs œufs et sperme lors de ce qu’on appelle une ponte de masse.  Les coraux libèrent des millions d’ovules sous forme de petites billes de différentes couleurs ainsi que des nuages de spermatozoïdes qui forment de grandes nappes colorées. Les gamètes et les œufs, du fait de leur haute teneur en lipides, vont être moins denses que l’eau de mer et remonter à la surface donnant l’impression de « neige à l’envers ». A Bali, cette ponte a lieu trois à quatre jours après la pleine lune de novembre, ça témoigne de l’incroyable précision de la grande horloge de la nature. Les scientifiques ont découvert il y a peu que certains ingrédients des crèmes solaires tuaient les larves de coraux, voici pourquoi les crèmes solaires classiques sont désormais interdites à Hawaï et aussi sur le site de Candidasa.

La visite se termine, après plus de deux heures passées dans l’eau, nous avons tous l’impression d’avoir découvert un nouvel univers, le monde merveilleux des coraux. Ils ne seront plus jamais ces aimables pierres colorées du fond de la mer mais un véritable univers fragile et sensible à toutes les interactions de leur environnement, y compris à tous les dérèglements engendrés par l’activité humaine. Si vous vous intéressez à la vie sous-marine, que vous êtes plongeur, que vous avez une fibre écolo ou que vous passez simplement par l’est de Bali, ne ratez pas cette initiative exceptionnelle et unique au monde.

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