DANS LES MOLUQUES, SUR LES TRACES DES PREMIERS EXPLORATEURS DE L’ARCHIPEL !

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C’est à Maumere, dans l’est de Flores, que nous embarquons à bord du Kudanil Explorer en direction du grand Est indonésien. C’est le début d’un voyage hors des routes maritimes habituelles, entre Flores, Timor, Australie et Papouasie. Au programme, 12 jours d’expédition à travers les îles des épices, les Moluques, mais aussi les îles oubliées de la région de Banda Neira, et jusqu’à Ambon… une belle traversée !

Ces îles productrices d’épices ont attiré les Portugais, les Anglais et les Hollandais dans l’archipel au début du XVIème siècle, elles furent la source exclusive des clous de girofle et des noix de muscade, objets de la concurrence coloniale et sources de revenus phénoménaux. Au XXème siècle, la guerre du Pacifique y a laissé des traces, ainsi que le régime de Soeharto qui engendra de grands mouvements de violences entre musulmans et chrétiens en 1999. Aujourd’hui, c’est pour cette histoire si riche mais également pour ses magnifiques volcans, plages, son peuple chaleureux et ce sentiment d’être perdu au bout du monde, que l’on vient aux Moluques.

Nos deux premières journées en mer confirment le fait que nous nous éloignons de tout. Pour ma part, l’appréhension est présente, d’une part au vue des évènements tragiques qui frappent la mer de Célèbes en ce moment même, mais aussi par l’inconnu de se retrouver au milieu de… rien ; avec une mer profonde jusqu’à 5000 mètres ! Heureusement le premier sunset derrière un volcan dans cette mer immense, admiré depuis le pont supérieur, m’a vite mis du baume au cœur…

Après deux nuits de mer plutôt agitée, c’est les yeux mal réveillés que je découvre ce qui nous entoure ce matin-là : l’archipel d’Alor. Un bleu éclatant, entre ciel et mer, autour de nous une multitude d’îles et des bateaux de pêcheurs. Pour éviter la chaleur et surtout profiter de la plus belle lumière de la journée, nous allons au village de Ternate pour le coucher de soleil. Le premier aperçu de la mer est superbe : des maisonnettes en bois sur pilotis bordent la côte, surplombant une eau translucide… la lumière dorée du soir accentue la beauté du moment. L’accueil est festif, nous rencontrons le chef du village qui nous fait visiter leur lieu de vie, accompagnés des enfants. Nous montons jusqu’au sommet pour observer la gigantesque église blanche que l’on voyait depuis la mer. D’ici, la vue sur l’archipel est incroyable, et les dernières couleurs de la journée disparaissent derrière les îles environnantes.

Le jour d’après, la sensation de bout du monde s’est définitivement installée… et internet nous a définitivement quittés ! Cette nouvelle journée se déroule dans la zone de Wetar. En face de nous ce matin se dresse la première île déserte ! De l’eau turquoise, une nature sauvage… C’est avec un kayak totalement transparent, pour admirer les fonds marins pendant l’effort physique, que nous approchons de cette île. Nous survolons des coraux magnifiques, dans une eau translucide. Entre deux coups de pagaies, une pause et pour chercher des poissons colorés, des étoiles de mers géantes… ou des crocodiles ! Car oui, après notre périple, nous apprenons que cet endroit est connu pour la présence de crocodiles marins, du fait d’une rivière sur l’île… Les dires sont confirmés : des traces de ces gros reptiles sont repérées sur le sable un peu plus loin. Une petite goutte de sueur tombe sur notre front ; heureusement qu’on ne nous a rien dit avant le kayak ! Pour le coucher de soleil, nous décidons quand même de mettre un pied sur cette île, une petite balade à la recherche de coquillages. Ce sont des trésors de la mer que nous trouvons, et même une arme en bois ! Ce n’est bien sûr qu’un simple jouet rejeté par la mer, mais nos esprits préfèrent se dire que c’est peut être une arme d’une tribu oubliée…

Le lendemain, c’est Nyata qui nous accueille. Après de superbes sorties marines pour les plongeurs, c’est au coucher de soleil (c’est décidemment le plus beau moment) que nous décidons de découvrir cette île très verte, que n’aurait pas dédaigné Robinson Crusoé. Tout y est : le sable blanc comme je n’en ai encore jamais vu, une végétation luxuriante occupant la majorité de l’île, zéro signe de présence humaine à l’horizon, et une mer… C’est sous la lumière dorée que nous enfilons nos masques pour une séance de snorkelling : on y découvre un jardin de coraux et un aquarium en temps réel. C’est l’envers du décor dans toute sa splendeur, ce monde à l’envers si calme et si proche de nous dans un lieu qui semble encore intouché. Le soleil se couche et nous terminons cette journée en trinquant sous des lumières de feux dans le ciel.

Au milieu des Moluques, on a pu se balader dans l’impressionnant lagon autour de Romang. Dans un petit bateau, nous naviguons au milieu d’une eau tellement turquoise qu’elle en fait mal aux yeux. Des fois, des bancs de sable sortent de l’eau, et nous approchons de petites îles pour regarder les pêcheurs locaux. Cette zone nous la sillonnons pendant deux journées puisque les lieux de plongée là-bas y sont magnifiques. Malheureusement nous ne pouvons pas mettre pied à terre sur l’île déserte que nous souhaitons, elle semble magnifique mais la marée découvre tous les coraux. Nous restons donc à observer cette nature depuis le pont du bateau.

Notre balade dans la mer de Banda nous amène à Teun, surement l’un des plus beaux endroits que j’ai pu voir. C’est dans la matinée que nous arrivons sur cette belle île de 40 habitants environ, accueilli par le chef. Une arrivée encore une fois très chaleureuse, où tous les habitants sont là pour nous serrer la main, mais également pour faire des selfies ! Ce beau village est bordé tout du long d’une plage, de cocotiers, de maisons en bambou… Au sol, des dattes sèchent au soleil, et étendus sur des arches, des poulpes et des poissons. Nous empruntons le chemin principal, à la rencontre des habitants, suivi des enfants qui jouent avec nous et nous montrent l’élevage de quelques cochons et volailles. Le chef nous emmène dans un chemin traversant la colline, et après quelques minutes de marche, une descente, puis une plage sortie tout droit d’une pub cliché. Le sable blanc tombant dans une eau transparente, les cocotiers, les embarcations bleues des pêcheurs posées sur ce sable… Plus à l’ombre sous les arbres, des maisonnettes en bambou se fondent dans les palmiers. Les jeunes hommes grimpent habilement aux arbres pour nous proposer des noix de coco à siroter. A travers une jungle d’ananas, de bananes et de mangues, les habitants nous montrent un puits où une femme y lave le linge. En revenant sur nos pas dans la première partie du village, le pasteur fait visiter l’église, ce bâtiment blanc très imposant. L’intérieur est très modeste ; un simple autel dans le fond de la pièce. Pour accompagner notre visite, le rythme de la musique de noël « Jingle bells » résonne… A ce moment-là, l’ambiance est mystique ; j’ai l’impression d’être hors du temps. C’est le début du mois d’octobre, une eau turquoise, un soleil de plomb, des gens chaleureux, la musique de noël qui ne s’arrête pas… et là, comme pour me confirmer ce rêve, c’est un banc de dauphins qui surgit de l’eau et traverse toute la baie qui s’étend devant nous. Alors c’est ça, l’automne sous les tropiques ! L’expérience fut unique.

La croisière se poursuit vers Nila, très connu en plongée pour la rencontre avec des requins marteaux. C’est la première fois depuis le début du voyage que nous recroisons un bateau touristique ; ce sont des plongeurs, comme nous. Lors d’un petit tour autour de ces îles aux falaises imposantes, nous distinguons un petit village au creux des rochers. Les habitants font des grands signes pour qu’on approche. A la différence de la veille, ce village semble beaucoup plus pauvre, et le poisson semble être le seul animal à pouvoir être mangé. Au sol, séchant sur des drapeaux de pub de Jokowi, des clous de girofle. Les habitants nous disent que le peu de touristes qui viennent ne vont jamais dans leur village, mais à celui qui est plus grand de l’autre côté de l’île. Ils ont donc beaucoup moins d’aide et de ressources. Comme la veille, nous leur laissons des provisions et la promesse de revenir dès que le bateau sera de passage dans les environs.

Des milles plus tard, apparaît l’île aux oiseaux et la mer aux serpents : bienvenue à Manuk (Manuk signifiant oiseau). Les plongées là-bas sont réputées pour se faire au milieu des petits serpents noir et blanc, les tricots rayés, inoffensifs en apparence mais mortels pour l’homme, bien qu’ils ne soient pas connus pour être agressifs. Cette île, surplombée par un volcan imposant, est aussi désignée comme l’une des plus peuplées par les rats… Nous y avons fait un tour, sur son sable noir, et bien qu’une ambiance plutôt hostile y règne, nous n’y avons vu que d’énormes oiseaux par centaines au-dessus de nous.

Notre avant-dernière journée est une des plus visuellement marquantes pour moi. Entre Nailaka et Run, c’est une découverte incroyable. Le matin, escapade sur Nailaka, qui est une minuscule île déserte, entourée d’un sable blanc et fin, d’une eau tellement translucide qu’elle en paraît fausse, et en son centre une végétation plutôt aride. De l’autre côté, nous découvrons un banc de sable plongeant dans la mer… La baignade fut aussi douce que le paysage qui s’offre à nous, c’est une piscine naturelle dans une mer à perte de vue. L’après-midi, nous rendons visite à la voisine de Nailaka : Run. Au XVIIème siècle, cette île fut l’objet de négociations entre Anglais et Hollandais. Elle fut échangée au profit des Hollandais en raison de sa production de noix de muscade, lors du Traité de Breda, contre la Nouvelle-Amsterdam (qui deviendra Manhattan) en Amérique. Pour nous, l’arrivée au village est magnifique ; une multitude de bateaux de pécheurs bordent les habitations multicolores. Sur le ponton en bois, des enfants rieurs aux maillots de footballeurs nous accueillent, ce sont Messi, Benzema, bien loin de leur terrain de jeu habituel. La visite du village se fait encore avec beaucoup de plaisir, les petites maisons sont magnifiques, toutes de couleurs vives. Il y a un air de ressemblance avec les Antilles. Cette île est extrêmement photogénique, et les habitants aussi. Pour finir cette journée, nous décidons de la terminer aussi joliment qu’elle a débuté : de retour sur Nailaka pour un sunset cocktail. A nouveau sur l’île, c’est encore un nouveau paysage que nous découvrons ; la marée a modifié les bancs de sable, et l’eau turquoise a des teintes rosées, une ambiance magique règne. En face, l’île de Run et sa jungle. On admire la lumière sur les derniers pêcheurs de la journée.

Dernier jour, réveil à 5h30 pour admirer le lever du soleil sur les îles de Banda … une vue et un calme à couper le souffle. Plus on avance, plus on sillonne à travers des îles de plus en plus proches entre elles. Aujourd’hui, c’est aussi le retour d’internet après 9 jours coupés du monde… au début, on se sentait un peu comme des âmes en peine, et puis finalement ce retour à la civilisation nous fait l’effet inverse : que c’était paisible sans…
Pendant que certains font la première plongée du jour, nous allons nous promener au marché du village. L’après-midi, c’est visite d’une plantation de noix de muscade, un petit fruit très amer dont le noyau est utilisé comme épice. Le décor est très différent de ce que nous avons vu jusqu’à présent : une forêt, de l’herbe très verte et sauvage, des arbres immenses… A travers cette nature, la lumière y est sublime. L’apéritif de début de soirée se déroule au Fort Belgica de Banda, une construction très imposante datant du XVIIème siècle qui servait à l’époque à défendre l’île, seule productrice des noix de muscade.
Cette dernière soirée sur le bateau est festive, avec plancha géante et bonne ambiance, le soleil est couché et nous avançons vers Ambon où nous débarquerons demain. Peut être un peu nostalgique aussi, en regardant derrière soi ; ces îles du bout du monde que nous avons approchées et admirées… waouh, je crois que c’était fou. Les images défilent et s’accrochent dans un coin de ma tête.

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