Accueil National

Croissance 2009 : le poids du stimulus économique

Certains économistes commencent même à se demander s’il sera un jour injecté dans l’économie indonésienne. Dès lors, l’Indonésie se dirige-t-elle vers une période de récession sévère et peut-elle déjà oublier son objectif de croissance de 4,8% en 2009 ? Probablement pas, mais c’est encore une fois le système bancaire qui pourrait en subir les conséquences.

Initialement fixé à 6,5 milliards de dollars puis légèrement augmenté, le stimulus se divise en trois parties : des réductions d’impôts à la fois pour les entreprises et les particuliers, de nouvelles baisses des prix de l’essence et de l’électricité, et des investissements dans de grands projets d’infrastructure. Alors que ni les réductions d’impôts ni les baisses de prix ne nécessitent de dépenses directes, l’attention se porte sur les 1,1 milliard de dollars alloués aux projets d’infrastructure. Ceux-ci ont pour objectif de maintenir l’emploi en cette période de crise et donc la consommation intérieure, le principal levier de l’économie indonésienne. Le stimulus devait être pleinement opérationnel en mars. Des prévisions optimistes font désormais état de son déboursement en juin, mais il est plus probable que cela intervienne au troisième trimestre de cette année, s’il est effectivement un jour déboursé.
L’allocation des budgets est toujours lente en Indonésie. Le budget annuel de l’Etat n’est jamais, au mieux, déboursé avant la deuxième moitié de l’année, principalement à cause d’une terrible inefficacité bureaucratique. Cela a conduit le gouvernement à finir l’année 2008 avec une estimation variant de cinq à neuf milliards de dollars restés inutilisés. Rien ne semble véritablement avoir changé en 2009 puisque seuls 11% du budget annuel ont été effectivement dépensés entre janvier et mars. Par conséquent, les délais étant un tel problème, il n’est pas surprenant que le stimulus ait été lui aussi retardé. Quatre ministères (l’Agriculture, le Commerce, les Transports et l’Emploi et la Transmigration) ont ainsi déjà officiellement retardé le déblocage des fonds qui leur ont été attribués à cause de la difficulté des projets qu’ils ont à mener.

Cette apparente complexité des projets sonne comme un aveu tacite de l’incapacité de certains ministères de mener leurs projets à bien. Le ministère des Transports, par exemple, n’a jamais investi dans le développement de ses ressources humaines, alors que celui des Travaux Publics s’y est attaché. Les Transports affirment ainsi qu’ils ne pourront utiliser que quatre des sept mille milliards de roupies attribuées, simplement parce qu’ils n’ont pas les responsables de projets pour mener des travaux de grande échelle à leur terme.
Purbaya Yudhi Sadewa, économiste en chef à l’institut de recherche Danareksa, n’est cependant pas complètement d’accord avec cet argument de l’incompétence. La motivation des bureaucrates serait aussi à remettre en question. « Je ne pense pas que ces managers soient incompétents, explique-t-il. Il est plus probable qu’ils ne souhaitent pas prendre en charge ces projets tant que des primes ou des bonus ne leur sont promis. Je pense également qu’il y a un manque de supervision de la part des institutions fiscales et financières. Enfin, un décret présidentiel détaillant la manière dont ces projets d’infrastructure doivent être menés règlerait certainement beaucoup de problèmes. » De plus, et malgré la menace récente de réduire leurs budgets en 2010, les ministères défaillants ne font face à aucune sanction s’ils ne parviennent pas à dépenser leur part du stimulus ou à concrétiser leurs projets.

Le KPK (la commission anti-corruption) semble finalement être la seule institution exerçant un rôle de supervision dans l’utilisation des fonds. En conséquence, les bureaucrates semblent inquiets que leur moindre écart par rapport aux lois régissant les dépenses nationales puisse attirer les gendarmes anti-corruption. « Quelquefois, des lettres anonymes envoyées au KPK suffisent à lancer une enquête », affirme un responsable au ministère des Transports. Dès lors, les bureaucrates préfèrent ne rien faire plutôt que de s’attirer d’éventuelles foudres. Cela est d’autant plus problématique que souvent, « régler les choses rapidement » implique des pratiques corruptrices. « Le bureau du vice-président, qui est en charge de la politique économique du pays, devrait installer une équipe supervisant le déboursement du stimulus économique et s’assurer que l’argent alloué aux différents ministères est effectivement dépensé, explique Purbaya Yudhi Sadewa. Ils ont affirmé que cela était en préparation. »

Malgré ce manque de volonté politique et le peu d’implication de ministères semblant abandonner trop facilement, les conséquences potentielles de cette injection tardive du stimulus économique n’affecteraient pas la croissance de l’Indonésie. « La Banque centrale joue un rôle vital sur ce point, affirme Purbaya Yudhi Sadewa. Je crois toujours que la prévision gouvernementale d’une croissance de 4,8% en 2009 est réalisable tant que la Banque centrale garde son taux directeur en dessous de 9%, puisque nous savons qu’au-delà de ce chiffre nous entrons en période de récession. L’argent du stimulus est aussi placé à la Banque d’Indonésie. Donc si le gouvernement ne parvient pas à dépenser cet argent, il devrait au moins l’injecter dans les banques commerciales traditionnelles. Les projets d’infrastructure pourraient alors être financés par ce moyen, ce qui réduirait aussi la pression sur les liquidités du système bancaire. »

Prétendument furieuse quant à la gestion du stimulus économique, la ministre des Finances Sri Mulyani adoptera probablement cette solution et injectera des fonds dans les banques commerciales si le stimulus n’est toujours pas débloqué en juin. Cela devrait éviter un risque majeur pour les banques indonésiennes et la plus grosse économie d’Asie du sud-est.

LAISSER UNE RÉPONSE

Please enter your comment!
Please enter your name here