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“C’est pas l’homme qui prend la mer” … ce sont les femmes !

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Par Meryam El Yousfi

Découvrez les étonnants parcours et combat de la Javanaise Masnu’ah à travers sa coopérative Puspita Bahari qui bouscule les codes patriarcaux des communautés défavorisées de pêcheurs  indonésiens.

80.000 kilomètres de côtes pour l’archipel, avec près de 3 millions de pêcheurs…Et pourtant, très peu d’initiatives pour améliorer leurs difficiles conditions de vie. Rappelons que le revenu mensuel moyen d’un pêcheur est de 500 000 roupies avec un endettement d’un à deux millions (source : Ashoka).

Issue elle-même d’une famille de pêcheurs de  Rembang (Java Central), Masnu’ah est élevée par sa tante qui a été contrainte à un mariage forcée avant même qu’elle ne soit pubère. Son époux finit par la répudier, sans aucune explication, lorsqu’elle atteint l’âge de la puberté. Cet exemple de vie écorchée donne à Masnu’ah un premier aperçu des injustices et mauvais traitements dont les femmes peuvent faire l’objet dans la société indonésienne.

Elle n’a suivi qu’un enseignement d’école primaire, et devient femme de pêcheur puis mère. Celle que son entourage surnomme Mbak Nuk décide, en décembre 2005, de lancer une coopérative de femme de pêcheurs : Puspita Bahari (Fleur/Femme de mer). Objectifs ? Mettre fin aux violences conjugales, instaurant un dialogue équilibré entre hommes et femmes à travers des ateliers, mais également prouver que les femmes ont aussi un pouvoir décisionnaire et peuvent créer des revenus pour la famille. 

Mais Puspita Bahari n’a pas été un succès immédiat, et Masnuah a dû faire preuve de ténacité, même face à son propre époux qui ne comprenait l’intérêt de sa démarche.  “J’ai beaucoup appris en observant et questionnant les méthodes d’autres organisations. Je ne touchais pas d’aides financières mais on m’a appris à naviguer dans l’océan associatif, caritatif et administratif “. La courageuse épouse de pêcheur a même été harcelée et agressée pour avoir pris position sur un sujet aussi tabou que les violences conjugales. 

Au départ, seule une poignée de femmes acceptent de se réunir une fois par mois contre une cotisation de 1000 roupies. Puis au fil des ateliers organisés, après 6 mois, cette communauté de femmes a réussi à réunir 1 million de roupies pour investir dans du riz et nourrir leurs familles. Ce n’est qu’après 2008, lorsque l’association parvient à faire libérer des pêcheurs pris en otages, que Masnu’ah commencera  à attirer l’attention médiatique et dès lors, à étendre son réseau tout en associant ses efforts à ceux d’autres structures. Elle change également de stratégie et parvient à convaincre sa communauté de laisser les femmes produire et commercialiser des kerupuk ikan (craquelins de poissons) dans des warung et toko.

Masnu’ah organise alors des ateliers dans lequels elle expose les droits de tous, l’égalité des genres, et les recours possibles face aux violences conjugales. 

A partir de 2010, l’organisme obtient des bateaux pour la communauté, puis progressivement des subventions. A présent , Puspita Bahari est le vaisseau mère d’un réseau de coopérative qui fournit des moyen aux pêcheurs et à leur famille pour générer des revenus plus stables et mettre au point une politique d’épargne au sein de chaque foyer membre. Une stratégie qui met progressivement fin au désoeuvrement des familles en période de saison des pluies, quand il devient impossible de pêcher.

Ce travail de terrain et la médiatisation de cette problématique  permet à présent à Masnu’ah de pousser les acteurs de la société civile et  gouvernementaux à légiférer sur ces questions. Car selon la loi toujours en vigueur, “les femmes ont les mêmes droits, obligations et opportunités que les hommes” mais “ la participation des femmes au développement ne doit pas entrer en conflit avec leur rôle dans l’amélioration du bien-être familial et l’éducation des enfants”. Les hommes restent donc les chef de famille.
Masnu’ah fait même des interventions dans d’autre pays asiatiques en tant que militante pour l’autonomisation des femmes.Selon le Forum Économique Mondial, en 2011, l’Indonésie était 101ème sur 135 pays en terme de participation économique et d’égalité des chances concernant l’égalité des genres.

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