CANGGU TOUJOURS EN EBULLITION

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En 2015, nous avions consacré un dossier au développement fulgurant de la rue pantai Batu Bolong et de ses lieux branchés. Depuis, Canggu continue de grandir et d’attirer la jeunesse qui en fait un lieu à son image : dynamique, urbain et branché. Les hipsters, skateurs, surfeurs et yogis sont toujours au rendez-vous et les nouveaux établissements qui poussent comme des champignons ont tous l’air de se calquer sur les mêmes tendances. Certains restent et se construisent une réputation solide, d’autres disparaissent et créent un réel turnover. Néanmoins, la hype n’est plus qu’à Batu Bolong et a l’air de migrer vers Berawa. Pour parler de cette étonnante expansion et des particularités de Canggu qui en font « the place to be » à Bali, rencontre avec quelques professionnels dans des domaines phares de la région. Chacun a son avis sur la question…

Les auberges de jeunesse foisonnent

Avec la soudaine popularité de Canggu, les guest house (auberges) et les homestay (pensions de famille), lieux sacrés pour faire des rencontres, mixant jeunes voyageurs débutants et backpakers expérimentés, se multiplient à une vitesse folle. Daniel et Yatna, le couple à l’origine de Serenity Eco Guesthouse & Yoga a été le premier à ouvrir sur Batu Bolong. Aujourd’hui ils disent qu’il y a à peu près 350 guest house officielles à Canggu, sans compter les non-enregistrées…

Serenity Eco Guesthouse & Yoga c’est quoi ?
En fait c’est notre maison dans laquelle on a commencé à louer des chambres en 2003. Depuis on n’arrête pas de construire, ça s’agrandit pièce par pièce, il n’y a pas une seule chambre qui se ressemble. Tout est éco-responsable, on fait de la permaculture, du recyclage, de la nourriture avec des produits frais, etc. On propose aussi 10 cours de yoga différents par jour, accessibles aux gens de l’extérieur. Il est même possible de suivre une formation de prof de yoga et de ressortir avec un certificat qui permet d’enseigner. C’est 150 000 rp la nuit avec petit déjeuner compris et les chambres les plus chères coûtent entre 400 000 et 500 000 rp. On a une centaine de lits et on est toujours plein.

Quel est votre type de clientèle ?
Une majorité de femmes et de jeunes entre 20 et 40 ans. Les gens viennent seuls ou en couple car c’est difficile de recevoir des familles avec des enfants qui font du bruit et qui courent partout. On a beaucoup d’européens : des Allemands, des Suédois, des Hollandais mais pas beaucoup de Français. Ils viennent pour 2-3 jours mais souvent il y a des extensions.

En fait vous avez fait ce qui fonctionne aujourd’hui à Canggu mais 15 ans avant tout le monde ?
C’est ça. Il y a pas mal d’établissements qui suivent cette mouvance écologique mais qui ne la vivent pas vraiment. Les personnes à l’origine de ces projets en font un business mais ne le respectent pas dans la vie de tous les jours. Alors que nous on vit vraiment en respectant la nature au maximum et on permet à nos clients de vivre comme nous, c’est tout le concept d’une guest house.

Et pourquoi vous êtes- vous installés à Canggu alors qu’à l’époque il n’y avait encore rien ?
On a eu le coup de foudre pour le terrain, personne ne voulait habiter ici parce que c’était loin de tout. Maintenant même le type qui avait un garage dans la rue, il en a fait un magasin, et un magasin cher en plus !

Pensez-vous que Berawa est en train de prendre la vedette à Batu Bolong ?
Batu Bolong est devenu tellement cher que tous les Balinais sont partis. Maintenant c’est même plus possible de manger local ici. A Berawa les prix sont encore deux fois moins chers qu’à Batu Bolong, c’est le dernier endroit qui est en train de se développer.

A votre avis, pourquoi Canggu s’est autant développé ces dernières années ?
Ca a vraiment explosé ces trois dernières années en fait. On le voit sur les constructions qui se multiplient, en 2014-2015 ça n’était pas comme ça. Il y a une saturation de Kuta, Seminyak, ici il y a encore de l’espace, un peu de vert et une bonne vibe. Avant il n’y avait que des locaux et maintenant il n’y a que des étrangers. Les blancs d’avant c’étaient ceux qui voulaient s’éloigner des coins comme Kuta ou Seminyak, qui cherchaient à se rapprocher de la nature. Maintenant ils viennent s’installer pour le business et ça met l’environnement en danger.

Serenity Eco Guesthouse and Yoga, Jl. Nelayan, Canggu
www.serenitybali.com – @serenitybali

Prendre position sur pantai Berawa pour un fashion designer

Ces trois dernières années, Batu Bolong est devenu un lieu prisé pour faire du shopping. De jeunes et moins jeunes créateurs se sont installés dans cette grande rue très fréquentée et font presque de la concurrence à Oberoi. Mais à cause des prix qui ne cessent d’augmenter et du banjar qui n’est pas des plus accueillants, il est de plus en dur de s’installer à Batu Bolong. Certains choisissent alors de parier sur le succès montant de Berawa et de s’implanter là bas. C’est ce qu’a fait le créateur de la marque Us and Them, en ouvrant sa boutique sur Jl. pantai Berawa.

Quand on pousse la porte de chez Us and Them, la première chose qui saute aux yeux, c’est la décoration. Pourtant sobre et peu chargée, elle ne laisse tout de même pas indifférent et nous annonce déjà la couleur. Tout est en noir et blanc, des objets un peu vintages sur les étagères, jusqu’à la moto disposée à l’entrée du shop en passant par l’énorme tête de mort peinte sur le sol. Des têtes de mort, on en retrouve aussi un peu partout dans la collection de vêtements très rock de ce français installé à Bali depuis maintenant 20 ans. « Je pense qu’on va pas tarder à incorporer un peu de couleur à tout ça » précise-t-il quand même. Il explique que le visuel de la boutique est important car il faut arriver à attirer l’œil des gens qui passent en scooter. En effet, à Canggu et Berawa, il n’y a pas ou peu de trottoirs, on ne se déplace qu’en scooter et qui dit scooter, dit plutôt jeunes. Et des jeunes, il n’y a que ça à Canggu, une génération qui ne met pas beaucoup d’argent dans les vêtements.
Le styliste remarque que « même si le lieu est branché, les jeunes ne consomment plus. Les bars et les restaus sont remplis mais pas les magasins. C’est une génération qui a appris « la démerde », ce sont majoritairement des stagiaires ou des jeunes qui ont profité de la baisse des prix des billets due à Agung pour voyager jusqu’ici. » La jeunesse apporte de la nouveauté et du dynamisme certes, mais elle pourrait aussi être la cause de l’inertie économique de Canggu. Car même s’il y a l’air de se passer beaucoup de choses, même si des nouveaux établissements ouvrent tout le temps, il y en a aussi une bonne partie qui met la clé sous la porte. L’euphorie à propos du développement de cette région ne serait-elle qu’une illusion ? En tout cas c’est ce qui a l’air de se passer dans le milieu des vêtements pour le moment : « Avant il y avait un vrai marché du vêtement, les australiens repéraient des créateurs et venaient acheter leurs pièces moins cher à Bali. Maintenant la clientèle est de plus en plus jeune et préfère acheter des pantalons avec des éléphants importés de Thaïlande dans des petites boutiques. C’est d’ailleurs encore ce qui fonctionne le mieux au niveau de la vente de vêtements ici. »
Mais alors pourquoi ouvrir un commerce à Berawa plutôt qu’à Batu Bolong qui est, malgré tout, une rue qui s’en sort très bien ? Il nous répond que « Berawa est un endroit qui monte et je voulais y être avant que tout le monde vienne s’y installer et que les prix augmentent, comme à Batu Bolong justement. » Puis il enchaîne « Par contre ce qui fonctionne bien chez Us and Them, ce sont les casques de moto customisés. », comme quoi les gens sont peut-être plus enclins à mettre de l’argent dans les accessoires que dans les fringues…

Us and Them, Jl. pantai Berawa 53
www.us-n-em.com – @weareusandthem

Du street art comme en ville

Quand on se balade dans Canggu, qu’on sort un peu des axes principaux bouchés par la circulation et qu’on se perd dans les petites ruelles ou les raccourcis, impossible de ne pas remarquer tous ces murs habillés de jolies œuvres de street art. La peinture murale et les graffitis sont une particularité de ce « petit village », comme l’appelle Julien Thorax, un Suisse passionné de street art installé à Bali depuis quatre ans. Ce dernier est d’ailleurs à l’origine de trois projets qui favorisent largement le développement de ces fresques murales à Canggu.

Que faites-vous à Canggu ?
Je tiens le seul shop de Bali entièrement consacré au street art, Allcaps Store. On vend beaucoup de matériel mais on fait surtout rentrer de l’argent en créant des œuvres pour des établissements balinais qui nous contactent pour que nos artistes de la « AllcapsFamily » (tous balinais) viennent peindre sur leurs murs. La boutique fait aussi office de salle d’exposition pour soutenir les artistes locaux et leur donner de la visibilité. Depuis 2016, je fais venir des artistes du monde entier pour le Tropica Festival. Cette année on va le faire en septembre à Nusa Penida et en partenariat avec SeaWalls : Artists for Oceans. Dernièrement, j’ai aussi lancé Konektion avec un ami français, un magazine gratuit sur la culture underground de Canggu.

Pourquoi le street art s’est plus développé à Canggu qu’autre part à Bali ?
Il y a pas mal d’artistes expats qui vivent à Canggu. Ca fait quelques années que c’est la « capitale » hipster, arty, musique, etc sur Bali. Beaucoup d’artistes de Jakarta et Yogya sont venus vivre et s’installer ici. Et avec la création du Tropica Festival pour lequel on a peint une trentaine de murs à travers Canggu, ça a fait un effet boule de neige. Les magasins, les restaurants qui avaient un joli mur ont donné envie aux autres d’en avoir un aussi… Et puis tout simplement le fait que le seul graffiti shop de Bali se trouve à Canggu.

Canggu a vraiment un rayonnement mondial dans le milieu du street art ?
Ca commence. Maintenant j’ai une interview tous les mois parce que quand on s’intéresse à Canggu c’est l’un des angles dont on parle. C’est un peu unique dans toute l’Asie du Sud-Est parce que dans les autres pays on galère pour trouver de la bonne peinture, du bon matos. Les gens savent qu’à Bali on peut faire du graffiti grâce à Tropica Festival et Allcaps parce qu’on a la chance d’avoir invité beaucoup de gros artistes qui, maintenant, viennent d’eux même pour graffer pendant leurs vacances. Et puis le monde du street art, c’est un petit milieu, alors les informations tournent vite. D’ailleurs ça se développe de plus en plus en Asie, on a des mecs des Philippines, du Koweit, de Malaisie qui viennent en « spraycation » ici.

A votre avis pourquoi est-ce que Canggu s’est développé aussi vite ces dernières années ?
Parce qu’il y a beaucoup de gens qui cherchaient quelque chose de différent à Bali. L’île s’est beaucoup développée touristiquement mais ça reste un peu toujours la même chose : les plages, les petits villages traditionnels… Canggu a créé une expérience particulière, les gens ne veulent plus juste se poser sur la plage pendant dix jours. Et puis voir des mecs qui font du skate au milieu des rizières, des battle de Hip Hop sur la plage ça fait la différence. Ici il y a tout un mélange de culture avec les locaux et les expats qui contribue à ce côté un peu village et au développement rapide, trop rapide, de Canggu.

Allcaps Store, Jl. Raya Canggu 18a
tropicafestival.com
www.konektionmag.com – @konektionmag

Fitness food pour beautiful people

A Canggu on porte une attention particulière à son corps et à la nourriture saine. L’influence d’Ubud est flagrante avec les mentions GF pour gluten free (sans gluten), vegan pour végétalien ou bien raw food pour crudivoriste sur les menus des restaurants. Parmi les endroits phare qui donnent le la, le Motion Cafe se détache avec une carte résolument tournée vers le fitness. Explications avec Clémentine Bergerot, aussi férue de sport que de diététique.

« Notre aventure a commencé avec un centre de fitness qui se trouve sur Jl. Petitenget à Seminyak, le Motion Fitness. Ensuite ma patronne Mélanie qui est à la fois coach sportif et nutritionniste a eu l’idée d’ouvrir un café à Canggu. Et parce que tous les cafés à Canggu ne proposent rien d’autre qu’une nourriture saine, on a tâché de se distinguer et surtout de coller au mieux avec le cœur de notre activité, le fitness, en proposant des plats spéciaux pour les surfeurs, les yogis et tous les gens qui s’adonnent au fitness et au crossfit. On propose par exemple pour l’happy hour un proteine shake qui rencontre beaucoup de succès. On est aussi les seuls à vendre une gaufre enrichie aux protéines, nous avons une licence pour vendre des compléments alimentaires, ce qui nous autorise à créer ce genre de plats. Et l’autre partie de notre activité alimentaire, c’est de la consultation nutritionnelle et du catering. Nous aidons les gens qui souffrent de diabète, de candida, de surpoids ou de tout autre problème de santé. Notre laboratoire de catering fournit chaque jour entre 30 et 50 clients qui ont des besoins spécifiques y compris des régimes paléo ou cétogènes, certains ont même des abonnements à la semaine. Nous leur livrons quotidiennement leurs trois repas et deux snacks pour environ 1.9 million les 6 jours. Tout est sur mesure, nous sommes totalement flexibles. Nous avons aussi un partenariat avec de nombreuses salles de sport qui accueillent notre Motion Fridge, un réfrigérateur qui contient tous nos produits adaptés aux sportifs. Contrairement à Seminyak et à sa clientèle d’expats plus portés sur la bonne chère et la vie nocturne, la population de Canggu est davantage touristique, sportive et prend grand soin de son apparence. Elle exprime aussi une demande en matière de super food et a vraiment une conscience nutritionnelle assez poussée comme dans peu d’endroits dans le monde. Quand je suis allée la dernière fois à Paris et que j’ai demandé dans un bistro s’il y avait du lait autre que du lait de vache à verser dans mon café comme par exemple du lait d’amande, on m’a regardé avec de grands yeux… de vache ! »

Motion Cafe, Jl. Pantai Batu Bolong 69B
http://cafe.motionfitnessbali.com

Un bol de skatepark au cœur d’un concept store

Canggu est un véritable laboratoire d’expériences, culturellement riche, et donne à cette nouvelle génération de jeunes la possibilité d’oser. Alex, originaire de Russie a décidé de quitter son pays natal pour se lancer à Bali et particulièrement à Canggu. Son concept store, Konkrete, regroupe divers espaces et ambiances dans un lieu unique au cœur de Berawa.

Konkrete c’est quoi ? D’où ça vient ?
Depuis tout petit, j’ai toujours été passionné par le skateboard et autres cultures urbaines. J’ai donc naturellement décidé de travailler dans la mode urbaine et dans le commerce de détail. Par la suite, je me suis associé et j’ai créé ce concept store avec diverses ambiances et espaces : la restauration, un coin bar, la mode et le skateboard. Le but premier était vraiment de créer un lieu regroupant différents environnements pour permettre par exemple aux skateurs de pouvoir se restaurer après une session d’entrainement. Cette idée – pas novatrice – existe déjà depuis quelques années maintenant un peu partout sur la planète. C’est le cas de Colette par exemple qui a fermé récemment, un concept store basé à Paris avec un espace galerie et un espace mode haut de gamme. Dans cette dynamique on peut aussi citer Supreme ou Deus qui combinent beaucoup de ces éléments.

A part les skateurs, qui vient à Konkrete ?
C’est compliqué de définir notre clientèle étant donné que Bali est devenue l’une des destinations les plus prisées du moment. Notre noyau dur se constitue de personnes âgées de 20 à 35 ans et je dirais que la parité est plus ou moins respectée, il y a autant de femmes que d’hommes. Globalement les skateurs et les personnes qui ont un intérêt pour le skate constituent quand même notre public principal.

Les évènements font partie de l’ADN de la Konkrete, est-ce qu’ils attirent vraiment beaucoup de monde ?
Effectivement les évènements fonctionnent particulièrement bien, que ce soit ceux autour du skateboard ou ceux axés mode. C’est pour cela que nous faisons souvent des compétitions de skate et des évènements « marché » où nous mettons en avant des vêtements, des bijoux et des artistes locaux.
En moyenne chaque évènement nocturne rassemble une centaine de personnes notamment le samedi soir durant les compétitions de skate. Nos plus gros évènements en collaboration avec des partenaires locaux peuvent rassembler jusqu’à 300 personnes !

Comment faites- vous face à la concurrence à Canggu ?
Il est vrai que la concurrence entre les concepts stores s’accroit d’années en années et particulièrement à Canggu puisque nous vendons plus ou moins tous les mêmes produits et les mêmes marques. En toute honnêteté, le terme de « concept store » est un bien grand mot qui nous permet simplement de réunir des espaces divers et variés et donc de se démarquer du mieux possible. Notre avantage majeur c’est d’avoir réussi à créer une vraie communauté fidèle et durable auprès des locaux.

Konkrete, Jl. pantai Berawa 99 Tel. +62 361 3350655 –
knkrt-bali.com

Céline Louaintier, Lucas Lewandowski et Socrate Georgiades

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