Accueil Faune

Bunglon : la caméléon à l’indonésienne

PARTAGER SUR

Les habitués de cette chronique ont sans doute remarqué
que le logo ci-dessus est une sorte de caméléon de BD,
avec sa longue langue typique, ses yeux exorbités et sa
queue en spirale. Cependant, les « vrais » caméléons (de la
famille des chameleonidae) ne vivent qu’en Afrique et, en
Orient, au plus loin jusqu’en Inde. Certaines populations
ont été introduites et prospèrent à Hawaii, en Californie
et en Floride, et même une autre espèce en Europe du
Sud. Mais ils ne vivent pas en Indonésie !
Quiconque avec un oeil un peu aiguisé, qui souhaite voir
au-delà de son assiette dans les restaurants disséminés
le long des gorges d’Ubud, pourra apercevoir ce qui
ressemble à un petit iguane, perché haut dans les
arbres. Une visite au marché aux oiseaux révèlera des
cages pleines de ces animaux, à côté de véritables, mais
importés, bébés iguanes. Il s’agit du bunglon, le mot
indonésien pour caméléon. Il appartient cependant à une
famille complètement différente de lézards : les agamidae.
Les agames sont une très grande et très répandue famille
de lézards, répartis de l’Afrique à l’Australie par l’Asie et
comprennent les fameux « dragons volants ».
L’espèce de caméléon (bronchocela jubata,
anciennement dénommée calotes jubatus) que
nous voyons à Bali, se trouve aussi en Thaïlande, au
Cambodge et dans les îles Nicobar plus à l’ouest,
par la Malaisie, dans le sud des Philippines, au nord,
et, en Indonésie, à Bornéo, Java, Célèbes et encore
quelques autres îles vers l’est. A Bali, c’est un visiteur
et un résident habituel des jardins. Vivant haut dans
les arbres, quelquefois même se chauffant au soleil
dans les branches les plus élevées, il est aussi connu
comme le lézard à crête de canopée. Il peut supporter
des températures particulièrement haute, se tenant
immobile directement sous le soleil pendant longtemps.
Il a un corps d’environ 14 cm et une queue très longue
jusqu’à 45 cm, donc un spécimen adulte peut atteindre un
demi-mètre de longueur, même si la plupart des individus
sont plus petits. A l’encontre du plus corpulent iguane
(avec lequel il n’a aucun lien de parenté), le bunglon a
un corps mince et compressé, de petites pattes toutes
fines et une très longue queue effilée. Contrairement
aux vrais caméléons, les yeux du bunglon ne bougent
pas indépendamment dans une tourelle conique mais
se trouvent dans des orbites quelquefois marquées
d’anneaux sombres le faisant ressembler à un animal qui
n’aurait pas dormi depuis longtemps ! Il possède une crête
bordée d’écailles rallongées juste derrière la tête qui se
transforment en rangées de piquants le long du dos. Cela
lui vaut un autre surnom, celui de « lézard à crinière »
même s’il présente très peu de similitudes avec les loups
ou les lions qui ont tout deux de distinctes crinières de
poils autour de la tête !
Sa queue longue et rigide devient marron vers le
bout et l’aide à garder son équilibre quand il grimpe.
Contrairement à de nombreux lézards, sa queue ne
repousse pas, à l’exception de la pointe. Ses longs doigts
et orteils sont équipés de griffes crochues et elles lui
permettent de courir agilement dans les branches des
arbres où il est chez lui. Les écailles de ce lézard semblent
très piquantes au toucher et empêchent ses prédateurs
de tenter de l’avaler, particulièrement lorsqu’ils ont
commencé par la queue ! Cela ne l’empêche pas de
se faire manger par un certains nombres d’ennemis, à
commencer par les serpents arboricoles. Il se nourrit
principalement d’insectes, qu’il attrape avec sa bouche et
non pas avec une longue langue gluante comme le vrai
caméléon avec qui on le confond.
Pour séduire la femelle, le male adulte a une bourse de
peau extensible sous le menton, qu’on appelle une bajoue.
Il l’agite comme un fanion
tout en hochant de la tête de
haut en bas comme s’il était
en train de faire des pompes.
Lors de la saison des amours,
le male devient plus coloré
et flamboyant et produit
parfois de larges taches
brunes autour de la tête. La
femelle pond deux étranges
et longs oeufs fuselés sur le
sol, qui ressemblent plus à
des cosses qu’à des oeufs.
Ils éclosent pour donner
de minuscules répliques des
adultes, mais sans la crête et
la bajoue caractéristiques, qui
se développeront plus tard.
Mais pourquoi l’appelle-t-on
un caméléon ? Parce qu’il
peut changer sa couleur
de jaune à vert sombre ou
vert vif, mais aussi marron
et presque noir. Et parce
que ce changement de
couleur ne se produit pas
uniformément sur tout le
corps, il peut se dissimuler
facilement, lui donnant une
apparence de camouflage.
Dans certains cas, il peut
avoir des rayures verticales
ou même des points jaunes,
noirs ou rouges.
Pour voir ces métamorphoses
de près, on peut attraper
facilement un spécimen la
nuit lorsqu’il dort dans les
arbres. Avec une lampe, son ventre jaune pâle est facile
à repérer d’en bas. Attention ! Il ne va apprécier de se
faire réveiller et mordra probablement et restera ainsi
accroché à votre doigt ! Alors, vous verrez que toute
la bête est désormais d’un vert lumineux. Puis, dans
les minutes qui suivront, il deviendra progressivement
d’un marron plus foncé et de vagues bandes et points
apparaitront éventuellement. A la fin, le lézard en colère
deviendra presque noir. Une fois relâché et en mesure de
regrimper dans son arbre, on voit sa couleur verte revenir.
Pour les activistes des droits des animaux, je rappelle que
ce petit test ne lui fait aucun mal !
Comment produit-il ces étonnants changements de
couleurs ? Sous l’épiderme transparent, il y a trois couches
de cellules appelées chromatophores. Elles contiennent
des pigments de différentes couleurs et chacune peut
se détendre ou se contracter en fonction de messages
envoyés par le cerveau de l’animal, en réponse aux
couleurs des alentours, mais aussi de la température,
des conditions de l’environnement, de l’humeur et des
interactions avec les autres bunglon. Comme les vraies
caméléons, les agames deviennent plus sombres lorsqu’ils
sont en colère, pales quand ils sont malades ou endormis
et les males adultes déploient leurs plus belles couleurs
et motifs en présence d’une femelle.
En tant qu’humains, nous ne communiquons pas
qu’avec le langage, mais aussi avec notre corps, nos
mains, nos expressions faciales. Pareillement, les agames
utilisent leurs capacités de changer de couleurs pour
communiquer avec le monde ! D’autres animaux ne voient
pas nécessairement l’univers des couleurs comme nous
et par conséquent il est difficile pour nous d’imaginer ce
que les autres animaux voient. Par exemple, les couleurs
des fruits et des fleurs apparaissent très différemment
aux insectes parce qu’ils peuvent voir les ultraviolets. Les
chiens ne font pas la différence entre rouge, orange et
jaune, et turquoise apparait gris à leurs yeux. Ils voient
cependant bien mieux que les humains dans l’obscurité !
Certains Balinais croient que les bunglon sont venimeux.
Ce n’est pas vrai, mais il essaiera bien sûr de se défendre
si vous essayez de l’attraper ! Sur le continent asiatique,
un cousin de ce lézard a la réputation de sucer le sang
des humains – une sorte de reptile vampire – parce que
les males ont la tête rouge vif. Le petit bunglon n’est
absolument pas dangereux pour les humains. Et parce
qu’on les trouve aussi dans les plantations, ils sont
considérés comme nuisibles et tués régulièrement alors
qu’en fait ils jouent un rôle important dans le contrôle
biologique des insectes.
Cette étrange et maigre copie du vrai caméléon est en
fait une créature remarquable. Il y en a probablement
quelques uns qui vivent pas loin de vous, alors la prochaine
fois que vous vous asseyez à une terrasse en surplomb
d’une vallée, prenez le temps de regarder dans les arbres,
vous pourrez bien avoir la chance d’en voir un !

Courriel à [rphlilley@yahoo.co.uk->rphlilley@yahoo.co.uk]

PARTAGER SUR

LAISSER UNE RÉPONSE

Please enter your comment!
Please enter your name here