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balikpapan art foundation : une MJC chez les dayaks

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C’est le rendez-vous des jeunes. Le parc
de Monpera de Balikpapan situé dans le
centre ville, face à la mer, accueille une
bonne trentaine d’adolescents. Certains
s’agglutinent sur les marches de Monumen,
un grand édifice « stalinien » dominé par
une statue de guerriers dayaks. D’autres,
très concentrés, lisent des textes. Une
jeune fille répète à voix haute le discours
à l’origine de l’indépendance indonésienne.
Un homme à la chemise brune, son prof
de théâtre, la dévisage. Juste derrière, des
drapeaux rouges et blancs flottent sur
l’imposant bâtiment de la garnison de la
ville. Une dizaine de militaires défilent en
tenue kaki. Nous sommes au milieu de
l’après-midi mais le soleil de plomb ne
semble déranger personne. Le dimanche à
Monumen, c’est le rendez-vous de la BAF,
la Balikpapan Art Foundation.

« Certains jeunes sont allés étudier à Java et,
en rentrant à Balikpapan, ils ont réalisé à quel
point aucune activité culturelle n’était proposée
dans la ville. Il n’y a pas de rencontre d’artistes
ou de festival. S’ils veulent se familiariser à la
danse, au théâtre ou un autre art, ils doivent
s’inscrire dans un cours privé et payer. Partant
de ce constat, nous avons décidé de monter
une structure. » Paul Siregar est peintre.
Allure cool et yeux malicieux, il est à
l’origine de ce projet. Tout a débuté en 2006
avec le « Kampoeng Seni », une rencontre
d’artistes un peu spontanée qui s’est
déroulée pendant trois jours. « Nous avons
voulu poursuivre cet évènement en instaurant
des rencontres hebdomadaires, poursuit Paul.
La Balikpapan Art Foundation est née. L’année
dernière, le festival avait lieu en août. Nous
avons choisi le thème ruang publik hijau, la
salle publique verte. L’idée était de rassembler
les artistes autour de l’environnement et du
réchauffement climatique de la planète. Expos
photos, graphiques numériques, diffusions de
documentaires et de petits films d’auteurs,
concerts de rock, représentations de théâtre…
Un joli succès. »

Aujourd’hui, la BAF doit son existence à
l’agence Déjà Vu, une agence de graphisme
et de production d’images implantée à Balikpapan. Tous ses membres ont
pleinement soutenu cette association. Ils
conseillent et écoutent les jeunes. Ils leur
prêtent leur matériel vidéo et les aident
dans la construction de leur projet. C’est le
cas d’Agustinus. Il anime les ateliers écriture
et vidéo. Pour la création de petits films,
Déjà Vu prête son matériel mais la plupart
des rencontres sont consacrées à la lecture
des synopsis et à la discussion autour des
projets. Ainsi, tous les dimanches aprèsmidi,
jusqu’à trente jeunes se retrouvent ici.
La BAF leur propose de monter des films,
d’écrire et de peindre. D’autres activités
viennent se greffer à ce bouillonnement
artistique : gymnastique, monologues,
poésie… Un melting-pot intellectuel
qui donne à cet espace une ambiance
d’université d’été. « C’est aussi l’esprit du
lieu, explique Agustinus. Nous voulons que
les jeunes aient la liberté de venir ici quand
ils le souhaitent. Et ça marche plutôt bien. On
sent qu’il y a une émulation. Ils ont envie que
les choses bougent. » Aujourd’hui, la BAF a
même un petit bureau en ville.

Deux jeunes filles sont ravies de se
retrouver. Elles font partie de l’atelier
écriture. Le principe est simple. Les
participants travaillent sur un texte
pendant la semaine et le lisent à haute voix.
Ensuite, chacun le commente. « Moi j’aime
ces moments où l’on expose à l’autre son
travail, explique Pipit, 17 ans. Je ne veux pas
devenir écrivain, cet atelier d’écriture est pour
moi un hobby. » Après elle, une fille de 12
ans lit son texte à son tour : « Soekarno
dan Soeharto ». L’ambiance est bon enfant.
Tous les mois, un petit « Surat Kabar »
est édité. L’occasion pour les auteurs
d’être publiés. Ce bulletin est distribué
à 500 exemplaires. En première page, on
trouve les contacts de la BAF et les noms
des contributeurs. Emails, téléphones et
adresse facebook permettent à tous ceux
qui le souhaitent de se mettre en lien avec le projet. Un système de bouche à oreille
qui fonctionne très bien.

Tous les trois mois, un grand « workshop »
rassemble tous les participants qui
comparent leurs travaux. Le grand moment
de l’année aura lieu à la fin du mois de
novembre. « Le Balikpapan Art Festival
se tient dans plusieurs quartiers de la ville,
explique Agustinus. Dans l’esprit premier
du Kampoeng Seni. Nous avons trouvé un
terrain en plein air pour le théâtre. Ensuite,
nous exposons un peu partout. L’idée est
d’être autant dehors que dedans. » L’année
dernière, l’édition 2008, a accueilli sur les
différents sites plus de deux cents visiteurs.
« Quelques entreprises de la ville, nationales
ou étrangères nous supportent, ajoute
Agustinus. Le but, c’est que tout le monde
se fasse connaître. Nous sommes loin de Java
mais Kalimantan compte aussi des artistes. Il
faut que cela se sache. »

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