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Avec la pluie, c’est le printemps à Bali

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L’an dernier, la saison sèche a semblé durer pour toujours. Délaissant l’hiver anglais froid et gris qui se raccourcit de plus en plus derrière moi, je suis revenu à Bali fin novembre. Alors que l’avion approchait de l’aéroport Ngurah Rai, je pouvais voir la terre marron brûlée et les champs asséchés en dessous. J’ai l’habitude de sentir le mur d’air tropical et humide dans lequel je me heurte à la sortie de l’appareil mais cette fois ce fut une sensation bien différente. L’odeur était étrangement sèche. Une fois à la maison, j’ai vu que ma mare était presque vide et le silence était bien curieux – pas de bruit d’insectes, peu de pépiements d’oiseau et rien ne bougeait. C’était comme si tout retenait son souffle, les animaux préservant le peu d’humidité qui leur restait dans l’organisme. Il se passa encore deux semaines avant que les premiers nuages gorgés d’eau se rassemblent.

Pour les gens qui n’ont pas l’habitude des pluies tropicales, la sérieuse quantité d’eau qui tombe en peu de temps peut être inquiétante. Un rideau d’eau obscurcit le paysage, des torrents tombent des toits comme des cascades et le bruit de la pluie sur la tôle ondulée est assourdissant. La première saucée a fait sortir les salanganes, rapides petits oiseaux cousins des plus grosses hirondelles, qui se jettent sur les nuées d’insectes avec frénésie en évitant les énormes gouttes de pluie. Si frénétique était leur chasse aérienne qu’une d’elle s’est même écrasée sur un mur de la maison. Une aile visiblement cassée, elle est tombée au sol, juste le temps de se faire dévorée par les mâchoires de mon chien noir Jackie.

La pluie apporte la repousse rapide de la végétation sous les tropiques. On pourrait presque percevoir le mouvement des nouvelles pousses qui percent le sol et en une nuit, la pelouse mitée couleur chocolat s’est transformée en un épais tapis vert qui aura besoin d’une coupe dans seulement trois jours ! Le gros arbre à pluie de notre jardin a commencé à répandre une sève piquante à travers son écorce comme s’il saignait doucement de ses blessures. Une palette de riches et caustiques aromes nous parvient du jardin alors que les processus de croissance et pourrissement s’accélèrent.

L’humidité sous les tropiques se niche partout, malheureusement aussi dans ma collection de livres ! Mais des animaux comme les escargots ouvrent enfin la porte de leur coquille qu’ils avaient scellée depuis des mois contre la sécheresse, et les feuilles des plantes partout, y compris celles des bananiers, sont rapidement pleines de trous à cause des grignotages de ces mollusques et des chenilles. Les papillons se nourrissent et s’accouplent à profusion autour des fleurs de mon jardin. La fréquence grandissante des déluges attire toutes sortes de petites bestioles vers leur fin lorsqu’elles tombent dans les eaux chlorées des piscines. Chaque matin, je repêche un assortiment de grenouilles mortes, de crapauds, d’insectes, de souris et quelquefois même un énorme mais inoffensif scorpion d’eau.

A cette époque de l’année, le nombre des appels au secours pour des intrusions de serpents que je reçois s’accroit considérablement. La fin de la saison sèche apporte en nombre son lot de pythons affamés qui se mettent en chasse de nos chats et chiens domestiques et de leurs portées. L’odeur des nouveau-nés attirent ces reptiles de très loin. Les serpents se retrouvent également piégés dans les poulaillers, leur estomac ayant tellement gonflé après leur repas gargantuesque qu’ils ne peuvent repasser le trou par lequel ils sont entrés. La pluie favorise l’éclosion de nombreuses espèces de serpents et lézards, les œufs ayant incubé dans la chaleur et l’humidité des feuilles pourrissantes ou de ces piles de composte si aimées des jardiniers « verts ». De minuscules cobras apparaissent ainsi dans de nombreux jardins, fuyant dans toutes les directions à partir du nid pour trouver refuge, se nourrir de rats et s’épanouir en paix à l’abri de ces dangereux humains qui semblent être partout.

Allumer la lumière le soir apporte un blizzard de petites créatures dans la maison. Les plus notables sont les laron, des termites volantes dont la quantité impressionnante remplit la lumière de mes phares la nuit lorsque je roule dans les rizières. Geckos, cicak, sont sur tous les murs, particulièrement les tokais qui n’ont plus peur et se pressent à découvert pour se gorger d’insectes à tel point que leur estomac semble si plein qu’ils ont du mal à se déplacer sur les murs et les plafonds. Au sol, les crapauds sautent en avant et en arrière avec excitation, leur langue gluante décimant les termites les unes après les autres avant de dégager vers le bassin le plus proche dans le but de trouver l’âme sœur. Il y a là aussi probablement quelques villageois rassasiés qui ont réuni assez de ces insectes ailés pour les frire (sans les ailes) dans la poêle. Un met riche en protéine qui a une saveur plutôt noisette.

Autour des talus du jardin, les crapauds se livrent à de frénétiques accouplements. Les malheureuses femelles ont quelquefois trois ou quatre mâles qui tentent de se saisir des parties de leur corps, tout particulièrement les aisselles auxquelles ils tentent de s’agripper fermement alors qu’ils ruent en même temps des pattes arrière pour déloger leurs rivaux. Ajoutez à cela le facteur humain – nous devons bien admettre que nous sommes tout autant une partie de ce paysage écologique que les animaux ou les plantes ici. Comme par exemple ces feux d’artifice qu’on trouve chez le marchand pour le Nouvel An. Les enfants du coin se marrent et se bouchent les oreilles quand ils préparent leurs meriam bumbung, des canons de bambou dans lesquels ils mettent le feu à une mixture qui va produire une explosion à vous crever le tympan et qui résonnera loin dans la vallée, effrayant tous les chiens du coin.

Chaque hameau semble posséder son propre gamelan qui s’entraine pour les vacances sacrées de Galungan. Les rythmes étranges se combinent avec le son funéraire des flûtes, celui profond des gongs et le lancinant chorus tremblant et hurlant à la fois du chant religieux, le tout propulsé par des sonos afin d’être sûr que chacun dans le village d’à côté l’entende également. Les ados s’en casque font rugir leur mobylettes et font la course autour des rizières, leur pot d’échappement modifié afin d’en grossir le bruit comme s’ils chevauchaient des grosses cylindrées. Ayant passé son 90ème anniversaire ici, mon père a également ajouté le son de son harmonica à cette cacophonie. Le Bali rural à son plus bruyant ! Je sais que les nouveaux arrivants, ainsi que des résidents de longue date, se plaignent de ces intrusions sonores dans le calme et la tranquillité qu’ils escomptaient ici. Mais comme beaucoup de choses sur cette île, il est bon de se laisser aller et d’accepter que c’est un élément de la riche tapisserie de l’endroit, puis de se réjouir de cette phase d’abondance et de croissance. L’équivalent balinais de la renaissance de la vie sous nos latitudes européennes lorsqu’au printemps les lapins, les œufs et les premières fleurs de l’année sont une preuve similaire qu’après les rigueurs de l’hiver, la vie va se rétablir immanquablement !


Pour toutes questions sur la vie naturelle en Indonésie, posez vos questions par courriel à rphlilley@yahoo.co.uk, ou sur Facebook à « Ron Lilley’s Bali snake Patrol »

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