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Arjuna a plus d’une corde à son arc

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« Les Balinais sont ouverts car ils sont depuis longtemps en contact avec le monde », aime rappeler cet homme simple et accueillant dans son hôtel de Sanur, le Segara Village, une entreprise de famille qui lui vient de son père et qu’il a développée avec le temps. Né à Denpasar, installé à Sanur depuis 1956, année de l’ouverture de cet hôtel – qui en fait un des plus anciens de Bali – Ngurah Wijaya est un de ces hommes remarquables qui ont une vision pour leur communauté. Aujourd’hui grand-père, mais toujours actif à 200%, il a un emploi du temps bien chargé. Levé à 5h30, couché à 23h30, il se consacre encore et toujours à l’avenir de Bali. Une obsession qui a commencé à la fin de ses études dans le tourisme et l’hôtellerie dans les années 70. Etudiant en France et en Suisse – Royan, Paris, Montreux – il a fait des stages professionnels à l’Holiday Inn de la Porte de Versailles et au Méridien de la Porte Maillot.

Alors qu’il rêvait d’aventure, l’Iran, Bornéo, c’est finalement à Sanur, à la demande de son père, que Ngurah Wijaya va mettre à profit ce qu’il a appris en Europe. A ses études, il peut donc aussi ajouter une solide expérience sur le terrain. L’hôtel est passé de 20 à 120 chambres depuis sa création. Sans doute lassé de voir les errances des différents plans de développement du tourisme à Bali décidés depuis Jakarta, il décide en 2000, reformasi oblige, de créer le Bali Tourism Board. Une organisation dont le but est de gérer la croissance touristique de l’île. En cette année de promotion du tourisme en Indonésie (Visit Indonesia Year 2008), il dresse un premier bilan pour La Gazette de Bali. « Cette affaire de VIY 2008, c’est une décision du gouvernement, ça fait partie d’un agenda politique. C’était prévu avant mais, à cause des attentats, ça été reporté puis décidé pour 2008. L’an prochain, il y a les présidentielles… », rappelle-t-il en préambule, dans un éclatant sourire balinais.

Si, comme beaucoup d’autres, Ngurah Wijaya déplore le manque de préparation de cette année du tourisme et les objectifs trop ambitieux du ministre Jero Wacik, les chiffres sont néanmoins encourageants en ce qui concerne Bali. 2007, avec 1,7 millions de visiteurs a été la meilleure année de l’histoire. Et avec une augmentation de 28% en mars dernier, d’une année sur l’autre, les compteurs sont au beau fixe pour 2008… Le BTB a donc des responsabilités grandissantes et coordonne la gestion des projets avec les enveloppes de Jakarta. Le budget alloué à Bali pour cette année du tourisme 2008 est de deux millions de dollars (15 millions de dollars pour tout l’archipel). Selon Ngurah Wijaya, le chiffre devrait encore augmenter l’an prochain. La promotion de Bali se fait donc tous azimuts : conférences internationales de professionnels, développement des croisières avec escale à Bali (nouveau port à Karangsasem), participation à tous les salons du tourisme dans le monde, coordination et promotion des nombreux festivals de l’île, gestion des taux d’occupation des chambres en fonction du calendrier international, promotion de la gastronomie, de l’artisanat, comme ce projet de « Bali Great Sale » prévu en 2009, etc.
« Les Balinais n’aiment pas voyager, ils n’aiment pas travailler en usine, il n’y a vraiment que le tourisme qui soit fait pour eux », explique encore Ngurah Wijaya sans aucune malice. Et d’ajouter : « finalement les Balinais et les Français, et aussi certains autres pays européens ont en commun cet attachement viscéral à leur culture et à leurs particularités ». Ngurah Wijaya constate donc la baisse de fréquentation des touristes en provenance d’Europe, les Français et les Allemands sont les plus touchés, mais se félicite de l’essor des Russes. Selon lui, l’interdiction des compagnies aériennes indonésiennes de survoler l’Union européenne aurait un impact sur la venue des ressortissants européens. Mais un de perdu, dix de retrouvés… Les touristes asiatiques sont en plein boum. Il y a eu dix fois plus de Singapouriens que de Français à visiter l’île durant les quatre premiers mois de l’année. « Les Asiatiques ne viennent pas pour la culture mais pour le shopping », précise encore le responsable du BTB.

Fondateur et président de l’association Bali Village, axée sur le tourisme équitable et le développement touristique des régions – voir le repositionnement radical de l’exploitation du site de Kintamani – Ngurah Wijaya est aussi le fondateur de Radio Plus (98,50 FM), une très ancienne radio balinaise qui a un projet avec RFI (Radio France Internationale) et dont les programmes vont bénéficier d’une refonte en 2009. Mais la marotte aujourd’hui de cet homme hyperactif, c’est l’indépendance énergétique de Bali. Tout le monde sait que Bali dépend de Java pour son électricité, de la centrale de Paiton essentiellement, et que les coupures sont fréquentes. Ngurah Wijaya est à l’origine de la reprise en 2000, cinq ans après une première étude américaine, du projet de production d’électricité par la géothermie à Bedugul. A l’origine contesté par certaines ONG, ce projet est désormais sur les rails. Avec l’entreprise Bali Energy, créée pour l’occasion, et en collaboration avec le gouvernement, ce système non polluant de production d’énergie est déjà en mesure de fournir 175 mégawatts depuis 2004. Ngurah Wijaya estime le potentiel de cette centrale à 600 mégawatts, soit 30% de plus que l’actuelle consommation énergétique de Bali. Reste à trouver des investisseurs pour cette usine propre située derrière le jardin botanique de Candi Kuning.

Aucun nuage sur l’expansion du tourisme à Bali, gestion équitable des projets touristiques dans les régions, indépendance énergétique, Ngurah Wijaya est confiant pour l’avenir de son île et des siens. Un avenir qui passe bien sûr par les jeunes, l’occasion pour lui de conclure avec optimisme : « Aujourd’hui, beaucoup de jeunes sont formés à l’étranger. Quand ils reviendront, car les Balinais reviennent toujours chez eux, ils apporteront le savoir-faire appris ailleurs ».

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