Ambon rappelle à l’Indonésie la fragilité de son unité

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Il a suffi d’une rumeur. Celle apparemment propagée par un SMS mal intentionné annonçant la torture et la mort d’un conducteur de mototaxi musulman par un groupe de chrétiens. La propagation de cette rumeur a suffi à réveiller les vieux démons d’Ambon. 7 morts, 65 blessés et plus de 200 bâtiments endommagés plus tard, on apprenait que l’autopsie du conducteur annonçait qu’il avait été victime d’un accident de la route…

Au-delà de la nécessité de connaitre ceux ayant intérêt à provoquer la haine gratuite en répandant d’horribles rumeurs, cet épisode prouve à nouveau la fragilité grandissante de la tolérance si souvent vantée des Indonésiens. La guerre civile qui avait débuté en janvier 1999 aux Moluques fut elle aussi provoquée par une bagarre de rue entre un conducteur de bus et ses passagers. Elle ne s’était achevée qu’en février 2002 avec la signature des accords de Malino, ayant fait 6000 morts et 700 000 refugiés en trois ans. Il est très peu probable que ce nouvel incident ait les mêmes conséquences. Il démontre toutefois une nouvelle fois l’intolérance croissante à laquelle de nombreuses minorités doivent faire face, le climat de suspicion et les tensions plus ou moins cachées envers ceux qui vivent ou pensent différemment. A Ambon, cette intolérance a certainement été amplifiée par le choix gouvernemental de faire vivre chrétiens et musulmans chacun de leur côté, ghettoïsés.

Aceh ne doit qu’au tsunami de 2004 la fin d’un conflit indépendantiste armé qui a duré 35 ans. Si le désarmement des forces du Mouvement indépendantiste d’Aceh (GAM) fut un succès, la fin du conflit a aussi vu l’instauration de la loi coranique. Celle-ci porte en permanence atteinte aux libertés individuelles, majoritairement celles des femmes. Cette loi coranique a été imposée par Jakarta à des Acehnais qui la rejettent en majorité. Le gouverneur d’Aceh, ancien dirigeant du GAM, l’avait très clairement exprimé dans ces colonnes peu de temps après son élection en 2007 (cf. La Gazette de Bali n°24 – mai 2007).

En Papua, les autochtones militent depuis des décennies pour pouvoir au minimum profiter financièrement des immenses richesses de leur sol. Des richesses dont les retombées financières sont colossales. Le gouvernement central a certes fait transiter beaucoup d’argent vers la Papua, mais trop peu a été entrepris pour vérifier la manière dont cet argent est utilisé par les autorités locales. Le gouvernement est toujours à l’écoute et impliqué quand des multinationales minières telles que Freeport, premier contribuable du pays, en ressentent le besoin. S’il avait mis ces mêmes efforts au service des populations locales en lieu et place d’un système répressif contrôlé par l’armée, les Papous seraient certainement mieux intégrés qu’ils ne le sont aujourd’hui.

Plus récemment, c’est la minorité Ahmadiyah, musul mane mais consi dérée comme hérétique parce que ne reconnaissant pas Mahomet comme le dernier prophète, qui a été très violemment prise pour cible. Des meurtres d’une violence inouïe, filmés (cf. La Gazette de Bali n°76 – septembre 2011), ont été commis contre cette minorité qui compte quelques dizaines de milliers de fervents en Indonésie. Malgré les preuves accablantes contre ceux ayant mené cette barbarie, les peines de prison furent insignifiantes, cautionnant de fait leur comportement inhumain.

Les chrétiens ne sont pas en reste, voyant ici et là leurs lieux de culte détruits, menacés ou empêchés d’être construits, comme à Bogor, sans que la liberté de culte inscrite dans la constitution indonésienne ne soit appliquée. Tous les pouvoirs indonésiens sont impliqués dans ces manquements. Le pouvoir exécutif ne protège pas les minorités de son pays, une dérive encore accentuée avec la présence des partis islamiques au gouvernement. Le pouvoir judiciaire incite à la violence en ne condamnant pas les auteurs de carnages. Et le pouvoir législatif n’a eu de cesse de s’occuper de lui-même ces dernières années, dans des querelles politico-financières qui ne profitent qu’à lui et nuisent au reste du pays.

Cette situation intérieure est d’autant plus paradoxale que l’Indonésie s’applique depuis quelques temps à apparaitre comme un intermédiaire et médiateur crédible dans la résolution des conflits internationaux. Sa politique étrangère est basée sur le principe autoproclamé de « 1000 amis et zéro ennemi ». On a ainsi vu l’Indonésie être impliquée dans le conflit frontalier entre la Thaïlande et le Cambodge ou le conflit de la Mer de Chine du sud qui oppose la Chine, le Vietnam et les Philippines pour ses principaux acteurs.
Cette implication est louable, mais nous sommes en droit de nous demander où se situeront les limites futures de la crédibilité de l’Indonésie dans la résolution de conflits. Ses interlocuteurs sauront certainement lui faire remarquer ses manquements et insuffisances internes le cas échéant. L’unité dans la diversité indonésienne, le respect tant proclamé du principe local de Pancasila et la crédibilité de l’archipel nécessitent que le concept de « 1000 amis et zéro ennemi » soit aussi et surtout appliqué sur son propre territoire.

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