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Alors ma p’tite dame, pour le petit, ce sera deux, ou trois langues ?

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Nous tous, lorsque nous avons décidé de venir vivre à Bali, la Babel de l’Océan Indien, nous nous réjouissions à l’idée d’apprendre une nouvelle langue, le « balinois », le « balinéen » ou plus sérieusement le balinais. Cette langue d’initiés constituée de plusieurs niveaux de langages étant finalement trop absconse pour la plupart d’entre nous, nous avons soupiré d’aise en apprenant que l’indonésien est une langue bien plus simple. Mais, avions-nous envisagé l’importance de l’anglais dans notre nouvel univers social, nous, pauvres francophones, handicapés de l’apprentissage scolaire des langues ? Qu’à cela ne tienne, si nous baragouinons lamentablement la langue d’Outre-Manche, notre progéniture, elle, relèvera le flambeau et fluently speakera la langue de Shakira.

Pendant longtemps, parents et éducateurs ont cru que le bilinguisme précoce rendait les enfants confus et affectait leur développement cognitif. Pourtant ce que les experts appellent le bilinguisme natif (lorsque le père et la mère ne parlent pas la même langue ou lorsque la famille a dû s’exiler) concerne plus de la moitié de la population mondiale. Fort heureusement, en 1962, une étude menée par Pearl et Lambert avait montré que toute personne bilingue obtenait des résultats supérieurs à ceux des personnes monolingues à plusieurs tests d’intelligence et avait une meilleure réussite sociale.
Par ailleurs, au siècle dernier, Maria Montessori a mis en évidence que, grâce à ce qu’elle appelait l’esprit absorbant, les enfants acquièrent une parfaite maîtrise de leur langue inconsciemment et sans effort, en un temps record.
Les parents d’aujourd’hui, fort de ces deux prises de conscience majeures, ont donc bien compris qu’il fallait exposer les enfants à une deuxième langue très tôt. Les maternelles et écoles primaires privées bilingues prolifèrent et, même si l’Education Nationale excelle par son immobilisme, tous les profs d’anglais de l’Hexagone sont bien conscients que les résultats de leurs élèves décolleraient si seulement on leur permettait de travailler avec les enfants dès un âge plus tendre. D’ailleurs, l’Ecole Française de Bali est un exemple en la matière, avec son programme d’apprentissage de l’anglais dès la maternelle.

Mais voyons de plus près quelles sont les influences du bilinguisme sur le développement de l’enfant. La recherche a montré que les progrès d’apprentissage de la lecture sont plus rapides chez les enfants qui apprennent à lire dans deux langues, uniquement cependant si ces deux langues partagent le même système d’écriture, comme le français et l’anglais.
Par ailleurs, l’enfant bilingue obtient de meilleurs résultats aux épreuves cognitives, telles que les tâches de résolution de problèmes non-verbaux, la compréhension de l’origine classique des noms, la distinction entre la similarité sémantique et phonétique et la capacité à juger de la grammaticalité des phrases.

De surcroît, l’apprentissage précoce d’une deuxième langue présente certains avantages de cohésion sociale et de tolérance. Un enfant bilingue semble avoir plus de facilités de compréhension des croyances et des besoins communicationnels de ses partenaires de conversation.
La grande surprise des dernières études, c’est que le bilinguisme n’influence pas seulement le domaine linguistique mais s’étend aux habiletés cognitives et non verbales. Il est une force positive qui améliore le développement de la pensée intelligente en général. Lors d’une interview, le linguiste Claude Hagege a brillamment résumé : « Seuls les gens mal informés pensent qu’une langue sert seulement à communiquer. Une langue constitue aussi une manière de penser, une façon de voir le monde, une culture. Il faut bien comprendre que la langue structure la pensée d’un individu, sa manière de penser. Elle conduit à emprunter des chemins de réflexion différents. »
En ce qui concerne les adultes et plus particulièrement les seniors, plusieurs études ont démontré que la maîtrise de plusieurs langues protège contre le déclin intellectuel. Une étude menée par l’Académie de neurologie des États-Unis a démontré que les symptômes neurologiques associés à la maladie d’Alzheimer mettent plus de temps à se déclarer chez les personnes bilingues, comparativement à celles qui ne parlent qu’une seule langue. Une autre étude, menée auprès de septuagénaires du Luxembourg, pays du multilinguisme, a également démontré que les personnes trilingues courent trois fois moins de risques de souffrir de problèmes cognitifs que les personnes bilingues.

Soit ! Le lieu commun qui se répète comme une ritournelle, c’est que les enfants peuvent apprendre toutes les langues auxquelles leurs parents les exposent, et que c’est forcément bon pour eux. Mais est-ce si simple ? Ce qui m’a vraiment incité à écrire sur le plurilinguisme, ce sont toute une série de contre-exemples qui m’ont donné à réfléchir : est-il toujours bon de se précipiter tête baissée et d’exposer notre progéniture à un plurilinguisme systématique et non pensé ? Réponse, le mois prochain.

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