Alodokter : une application en excellente santé

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Nathanael Faibis est un jeune entrepreneur heureux. Le trentenaire français a créé le site Alodokter en 2014 avec sa femme indonésienne, puis l’application du même nom deux ans plus tard. D’un site dédié à l’information neutre et de qualité sur la santé à ses débuts, Alodokter est devenue la super application de référence pour les questions liées à la santé en Indonésie. L’entreprise revendique aujourd’hui plus de 20 millions d’utilisateurs actifs mensuels connectés à un réseau de plus de 10.000 docteurs, et emploie plus de 200 personnes. Elle vient en outre d’annoncer la levée de 33 millions de dollars pour poursuivre son développement. Rencontre.

Bali-Gazette : Comment peut-on présenter Alodokter, sa genèse et ses activités ?
Nathanael Faibis :
Je suis arrivé en Indonésie en 2012 pour contribuer au lancement du site de e-commerce Lazada. Avant et après cette expérience j’ai travaillé dans la santé, en faisant des études de marché et du conseil pour les entreprises pharmaceutiques dans les pays émergents. C’est à cette période que je me suis aperçu qu’il n’existait en Indonésie aucune information en ligne sur le domaine de la santé en général. En parallèle j’ai pu m’apercevoir dans la famille de ma femme qu’en cas de problème de santé, personne ne savait véritablement quoi faire, ni où aller ou comment s’informer en langue indonésienne. Ma femme, qui a dix ans d’expérience dans les médias, et moi avons donc vu un potentiel économique et l’idée est venue de simplifier l’accès à la santé pour les Indonésiens, notamment l’Indonésie urbaine au départ, grâce au digital.

B-G : Quel est votre modèle économique ?
NF :
Nous avons plusieurs services. On a commencé avec le contenu, des articles et de la vidéo sur la santé. On a ensuite lancé la télémédecine, donc la possibilité de conversation en ligne entre médecins et patients. On a aussi développé la prise de rendez-vous médical en ligne, pour laquelle nous avons près de 1000 hôpitaux et cliniques partenaires. Enfin nous vendons une assurance, ‘Alodokter Proteksi’, en partenariat avec Axa, que nous proposons à nos utilisateurs. Ces services, en plus de la publicité, sont ceux qui nous rémunèrent.

B-G : A quoi attribuez-vous la réussite relativement rapide d’Alodokter?
NF :
Je pense que la clé c’est d’identifier les problèmes auxquels les patients font face. Toutes nos réflexions au départ sont les suivantes : à quelles difficultés un patient indonésien est-il confronté ? Qu’est-ce qui le bloque pour avoir une santé correcte ? Et quelle solution digitale pouvons-nous lui fournir pour y répondre ? Ensuite nous avons dès le début de l’aventure mis l’accent sur la nécessité d’un fort ADN médical. Nous avons une grosse équipe médicale qui constitue la clé de notre succès parce qu’au final la raison pour laquelle les gens viennent et reviennent c’est pour avoir des services médicaux de haute qualité. Enfin il nous faut de la réactivité pour répondre aux besoins du marché et s’adapter.

B-G : Vous venez de lever 33 millions de dollars, qui font suite à un précédent tour de table de 9 millions de dollars. Quels sont désormais les objectifs ?
NF :
Nous sommes leader sur la télémédecine, leader sur la prise de rendez-vous en ligne. Désormais nous allons développer agressivement notre distribution d’assurance auprès de nos utilisateurs pour devenir un gros acteur de l’assurance santé en Indonésie dans les deux ans à venir. On est motivé parce que les gens nous font confiance et parce qu’on pense qu’on simplifie l’assurance. L’idée est de proposer des produits simples que les gens comprennent. L’autre aspect consiste à agréger tous nos autres services autour de cette assurance. Ainsi l’assurance ne sera plus seulement le remboursement des frais médicaux, mais elle sera aussi un accompagnement qui guide le patient. Parce qu’en vérité tous les patients sont un peu perdus dans leur parcours médical. On pense que cela correspond à ce que l’assurance du 21e siècle doit être : non plus simplement une assurance financière, mais aussi un ange gardien qui vous suit à chaque pas. Nous allons donc nous attaquer à la tâche titanesque qui est d’améliorer le taux de pénétration de l’assurance santé en Indonésie, qui est minuscule à seulement 2% de la population aujourd’hui, et d’offrir une protection à la classe moyenne indonésienne. Mais je suis d’avis qu’à moyen terme, le marché de la santé digitale en Indonésie sera développé et quasi unique au monde parce que les acteurs du secteur y sont ouverts.

B-G : La qualité des services de santé dans l’archipel est souvent mise en cause. Quel est votre avis ? Et est-ce une mission pour Alodokter d’améliorer le système de santé indonésien ?
NF : Tout d’abord nous pensons qu’il y a de très bons médecins et de très bons services disponibles en Indonésie, mais il y a un vrai problème d’information et il est compliqué de savoir où sont les bons fournisseurs de santé dans le pays. Donc de notre côté nous essayons d’y remédier en faisant un gros travail de sélection des médecins et de formation à la télémédecine. Ensuite nous développons beaucoup d’outils d’intelligence artificielle et de robots pour les aider dans leurs recommandations aux patients. Par ailleurs nos médecins partenaires sont notés en ligne par les utilisateurs. Ça permet encore plus de transparence sur leur qualité. Grâce à cela, les bons médecins n’ont plus besoin de 20 ou 30 ans pour se construire une réputation, mais seulement de quelques mois en ligne. C’est important dans un pays comme l’Indonésie ou près de la moitié des médecins ont moins de 35 ans. Nous avons aussi créé une plateforme pour médecins, ‘Alomedika’, où ils ont accès à du contenu qui leur est réservé, peuvent échanger et recevoir de la formation continue. Tout cela dans le but de leur faire bénéficier de soutien et des dernières avancées de la médecine internationale.

B-G : Malgré la croissance exponentielle et la qualité des services offerts par l’économie numérique indonésienne, le manque de main d’œuvre qualifiée demeure un frein majeur. Comment vous y adaptez-vous ?
NF :
C’est effectivement un challenge ici. Mais il faut noter que la qualité de la main d’œuvre technologique est infiniment supérieure à ce qu’elle était il y a quelques années. Il y a beaucoup de bons développeurs dans le pays, mais il y a aussi beaucoup de compétition pour les avoir. Mais c’est assez logique finalement. Cette industrie n’existait pas il y a une dizaine d’années. Depuis les gens se sont formés, ont créé des solutions et ont progressé. En grossissant Alodokter a désormais plus d’arguments pour attirer ces talents qui sont effectivement très demandés. Et pour les garder il faut leur proposer un challenge excitant, de la considération et de bonnes conditions de travail. Mais pour moi qui suis arrivé dans cette industrie en Indonésie en 2012, il est très clair que la compétence existe désormais en nombre très croissant.

Propos recueillis par Jean-Baptiste Chauvin

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