« A mal nommer les choses on ajoute du malheur à ce monde » …disait Albert Camus.

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Du coup, comment s’y prendre dans un pays et une culture où l’on préfère toujours éviter d’appeler un chat un chat?

Vous savez que chez les Balinais de la caste ordinaire on prénomme généralement les aîné(e)s Wayan ou Putu; les deuxièmes Made ou Kadek; les troisièmes Nyoman ou Komang . Quant aux quatrièmes ils s’appellent tou(te)s Ketut ! Au cinquième enfant on repart sur Wayan et Putu. Mais parfois on le nommera pareil que le premier alors qu’on aurait eu le choix !

Ma femme de ménage se prénomme Nyoman. Sa sœur jumelle aussi alors qu’on aurait pu l’appeler Komang. Pour les différencier on précise « 1 » ou « 2 » ! Ma pembantu étant née quelques minutes avant sa sœur, le n°1 c’est elle.

Parfois des gens appellent ma femme de ménage « Komang ». Si je les rectifie ils répondent que c’est pareil ! Comment ça, pareil ?! Inutile pourtant de s’exciter car Nyoman a l’habitude et s’en fiche ! Bref, à Bali le culte de l’individualisme n’est pas vraiment de mise !

Par ailleurs, quand on parle frères et sœurs, on ne mentionne pas le sexe, juste l’ordre de naissance: la hiérarchie familiale est importante car chacun a des droits et des devoirs spécifiques.

Les Indonésiens se prennent les pieds dans les pronoms personnels anglais : he, she, it car dans leur langue les substantifs n’ont pas de genre. Et ils font rarement la distinction singulier/pluriel. Idem pour les pronoms personnels. Ma pembantu n’emploie pas le pronom mereka  (ils/elles), seulement dia (il/elle) car en Balinais,
dit-elle, on met tout au singulier!

Et, pour clôturer le tout, les Indonésiens vous raconteront souvent des histoires dont vous ne savez pas si ça va se passer, ça vient de se passer ou c’est en train de se passer. Car non seulement les verbes ne se conjuguent pas mais les adverbes de temps semblent facultatifs ! Bref, ici c’est « nageons dans le flou » !

Pourtant on vous assurera avec un grand sourire que tout cela ne crée pas de malentendus. C’est juste que rien n’est bien important tant qu’il n’y a pas mort d’homme…et encore !

Bon, je vous le concède, ce n’est pas tant que l’on nomme mal les choses ici mais qu’on ne les nomme pas, ce qui, à force, revient un peu au même. C’est le Royaume du Non-Dit, on noie le poisson dans l’eau.
Ici on ne vous agresse pas, on vous embrouille. C’est reposant pour ceux qui ne supportent pas les conflits et désarçonnant pour ceux qui aiment la clarté et la précision. Mais c’est comme tout – juste une question d’habitude!

Nancy Causse

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