Vidéos porno de stars locales : leurs ébats font débat

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On parle encore d’autres vidéos du même genre qui pourraient être rendues publiques à la suite du vol de l’ordinateur portable de l’ex-leader de ce groupe de rock. Mais c’est bien le couple premièrement cité qui retient toute l’attention actuellement, faisant la une des journaux et des programmes télévisuels en quête de sensationnalisme. Ces vidéos n’avaient clairement pas vocation à être rendues publiques. Il s’agit simplement d’un enregistrement privé d’ébats sexuels, impliquant certes des personnalités publiques – ce n’est d’ailleurs pas la première fois – et une telle vidéo n’aurait pas dépassé le cadre de la curiosité populaire dans beaucoup de pays. Mais où cette histoire devient intéressante, digne d’un véritable intérêt médiatique s’entend, c’est que cette fois, au vu des proportions que le scandale a pris, elle pourrait pousser Maya la belle et son Ariel vers la case prison.

En effet, en vertu de la fameuse loi anti-pornographie (souvenez-vous, celle qui fait qu’une danse ou des vêtements suggestifs peuvent vous envoyer côtoyer des criminels entre quelques barreaux) le couple est passible de 10 ans de prison et d’une amende de 50 000 dollars. De quoi faire réfléchir même les plus téméraires des vidéastes amateurs. Cela tombe très bien, c’est exactement l’objectif de certaines sphères dont le regard se tourne de plus en plus vers une interprétation religieuse de la vie quotidienne de leurs concitoyens. Au point d’attraper un torticolis.

Ces individus ou groupes, sous le prétexte inattaquable de la protection de l’enfance et celui plus discutable de la protection de la morale, ont décidé que le tout répressif était ainsi la meilleure réponse
à la dégradation des vertus menant l’archipel à sa perte. On décide donc d’effectuer des raids dans les écoles afin de vérifier si les élèves possèdent les vidéos incriminées sur leurs téléphones portables. L’objectif ? Empêcher « la violation des règles et des normes culturelles dans une société religieuse », selon les propos du ministre de l’Education nationale Muhammad Nuh. Il n’étonnera personne que celui-ci soit un fervent défenseur de la loi anti- pornographie.

« Mais la récupération politique de l’événement ne s’est pas arrêtée là. Le ministre de la Communication et des Technologies de l’Information Tifatul Sembiring a renouvelé son souhait de voir les contenus Internet sous contrôle. »

Beaucoup cependant ont voulu lancer le débat de l’utilité d’ajouter l’éducation sexuelle au cursus scolaire indonésien. Car là semble être le véritable problème, dans ce tabou que représente la chose sexuelle à la fois dans les écoles et les foyers du pays. Mais le ministre y a opposé une fin de non recevoir. « Je suis peut-être vieux jeu, a-t-il déclaré à des journalistes, mais je ne vois pas en quoi l’éducation sexuelle à l’école est nécessaire. Je crois que les gens découvrent le sexe naturellement. » Effectivement, d’où certainement l’engouement montré dans les cours de récréation de tout le pays pour les fameuses vidéos. D’où peut-être également le développement exponentiel des cas de maladies sexuellement transmissibles en Indonésie, en premier lieu desquels le sida, ou celui des grossesses adolescentes ou non désirées.

Mais la récupération politique de l’événement ne s’est pas arrêtée là. Le ministre de la Communication et des Technologies de l’Information Tifatul Sembiring a renouvelé son souhait de voir les contenus Internet sous contrôle. Lui aussi a mis en exergue « la course contre le temps » afin de protéger les enfants du danger. Dans la foulée, le KPI (le CSA local) s’est empressé d’adresser des blâmes à l’encontre de nombreuses chaînes, émissions et personnalités de l’audiovisuel pour ne pas avoir respecté la norme en la matière ces derniers mois. L’organisme a également formellement interdit aux chaînes de diffuser la moindre parcelle de ces vidéos, fussent-elles floutées. Le ministre de l’Education. M. Sembiring a aussi ajouté que tous ceux produisant des vidéos sexuelles, même à des fins privées, pouvaient être accusés d’enfreindre la loi anti-pornographie. Les polices denombreuses villes à travers l’archipel se sont également lancées subitement dans des razzias à répétition des points de vente clandestins de DVD pornographiques.

Le bloggeur Enda Nasution est de ceux qui s’opposent à ces ministres. « Je ne pense pas qu’il y ait un lien entre des scandales de vidéos pornographiques et Internet, explique t-il. Ces dix dernières années seules, une ou deux vidéos pornographiques disponibles sur Internet ont attiré l’attention du public. » Pour Enda, les adultes dans une société doivent avoir la liberté de choisir entre le bon et le mauvais puisque cela constitue une base de la démocratie. Lorsqu’une société perd sa capacité à croire en la nature humaine, « il devient acceptable que l’Etat puisse intervenir dans les vies de ses concitoyens et rien n’est plus terrifiant que d’avoir un Etat légiférant notre morale », commente-t-il. « Les seuls à devoir être protégés contre toute forme de pornographie sont effectivement les enfants et adolescents, ajoute t-il. Dès lors, la protection doit se concentrer sur eux et non sur l’ensemble de la population. »

Le conformisme ambiant sort cependant vainqueur de ces débats qui n’en sont pas. Mis à part quelques blogs très anonymes, la majorité des Indonésiens, tout du moins en public, semble d’accord avec l’attitude officielle qui souhaite durcir le ton en matière de liberté des mœurs. Se conformant ainsi avec la tendance amorcée depuis l’instauration de la démocratie et la radicalisation du discours sur la sexualité et la supposée « décadence morale » du pays. Et si la meilleure des protections face a la pornographie et autres formes de « perversion » était finalement l’éducation ? Chiche Monsieur le ministre !

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