Vent d’homophobie après l’affaire du tueur Ryan

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Verry Idam Henyansyah, plus connu sous le nom de Ryan, a fait la une de tous les médias indonésiens pendant plusieurs jours. Ce jeune homme de trente ans est accusé des meurtres de onze personnes dont les corps ont été retrouvés dans le jardin de la maison de ses parents dans l’est de Java. Mais Ryan est également « accusé » d’être homosexuel. Accusé parce que le récit de ces horribles meurtres a été suivi d’une importante campagne médiatique anti-gay. Journalistes, criminologues, psychologues et autres éminences musulmanes se sont alors déchaînés sur la prétendue violence des homosexuels.

« Que les homosexuels commettent des meurtres sadiques ne devrait surprendre personne quand on connaît leur monde, avait ainsi déclaré Erlangga Masdiana, criminologue de l’Université d’Indonésie, dans les colonnes du magazine Tempo, à la fin juillet. Les individus ayant un comportement sexuel déviant sont habituellement proches du milieu criminel. Ils ont pour habitude de menacer et d’utiliser la force si quelqu’un qu’ils veulent inviter dans leur intimité refuse leurs avances. Avec de telles habitudes, ils peuvent évidemment en venir à des crimes plus sérieux ». Dadang Hawari, un célèbre psychologue, abondait également dans ce sens dans le journal Berita Kota du 20 juillet dernier : « Les homosexuels sont plus jaloux et ils peuvent agir de manière plus violente quand leurs désirs ne sont pas assouvis. Les homosexuels ont un comportement sexuel déviant et leur agressivité est donc au-delà de la normale ».

Ces « spécialistes » ne sont pas les seuls à y aller de leur analyse. Les instances dirigeantes musulmanes sont également très claires quant à l’homosexualité. Ichwan Sam, député et secrétaire général des Majelis Ulama Indonesia (MUI) affirme ainsi que « du point de vue de la religion musulmane, des concepts comme celui de l’homosexualité sont considérés comme hors des préceptes édictés par Dieu. Relié au cas du tueur en série Ryan, nous pouvons donc en tirer la conclusion que tous les comportements sexuels anormaux ou déviants comme l’homosexualité sont intimement liés à la criminalité ». Toutes ces sorties médiatiques ont élevé la question homosexuelle au rang de problème national. Qui a été suivi de faits. A Jakarta notamment, la police et des groupes islamistes radicaux ont profité de cette histoire pour visiter certains lieux traditionnellement fréquentés par la communauté homosexuelle. La police a ainsi arrêté plusieurs personnes dans la capitale, dans le quartier de Senen, sans autre motif que leur appartenance sexuelle.

Les homosexuels indonésiens, pour qui il est déjà très difficile d’assumer publiquement leur homosexualité, vivent ainsi depuis quelques semaines un peu plus dans la peur. Le Moonlight, club historique de la communauté gay de
Jakarta, a lui aussi reçu la visite, au début du mois d’août, de la police. Mais celle-ci est repartie sans effectuer aucune arrestation. Néanmoins toute cette campagne a des conséquences visibles sur la communauté. « Les effets secondaires de cette histoire me mettent en colère parce que beaucoup de clients ne fréquentent plus ce club explique Dita, artiste se produisant chaque semaine au Moonlight. Environ la moitié de la clientèle ici a déserté à cause de la peur d’être arrêté uniquement pour des questions d’orientation sexuelle ».

Face à ce déferlement soudain, les
associations homosexuelles indonésiennes ont été en première ligne. Menacées pour certaines, elles tentent de faire face. Et surtout de calmer le jeu. King Oey, président de l’association Arus Pelangi, essaye de prendre du recul sur une situation dont la violence a été aussi soudaine qu’inattendue. Tout en reconnaissant qu’il est désormais plus facile pour les homosexuels de se rencontrer, notamment grâce à l’utilisation d’internet, il regrette que les consciences mettent plus de temps à évoluer. « Les gens sont très croyants ici en Indonésie, explique-t-il. Ils pensent toujours que l’enseignement religieux qu’ils ont reçu doit se transformer en actes. Cela inclut la condamnation de l’homosexualité. Je peux néanmoins affirmer que les homosexuels sont des gens plus attentifs, peut-être sont-ils effectivement un peu plus jaloux. Mais dire qu’ils sont plus violents que les hétérosexuels, ça je ne le crois pas ».

Toutes les associations se réfugient également derrière le droit. La liberté individuelle est inscrite dans la Constitution indonésienne, et l’Indonésie a ratifié la Convention Internationale sur les Droits Civils et Politiques en 2005. « Malgré cela, de nombreuses violations des Droits de l’homme continuent à avoir leurs places dans ce pays, enchaîne Rido Triawan, autre membre du bureau d’Arus Pelangi, y compris des arrestations d’homosexuels uniquement basées sur leur appartenance sexuelle. C’est injuste et l’Etat n’a pas le droit d’arrêter des homosexuels sans autre raison que leur sexualité. L’Etat n’a également pas le droit de légaliser la violence de certains groupes islamistes fondamentalistes à l’encontre de notre communauté ».

D’une manière générale, beaucoup d’Indonésiens considèrent toujours l’homosexualité comme une déviance, ce qui n’a jamais aidé les homosexuels à assumer leur sexualité publiquement et notamment auprès de leurs familles. Et même si la fin de l’acharnement médiatique devrait redonner un peu de tranquillité à la communauté gay, sa récente stigmatisation par les élites intellectuelles du pays va certainement accentuer encore cette perception.

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