Sur les pas d’un chasseur de mythes

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Cela peut sembler une idée saugrenue au départ. Les grands mythes de l’humanité, du monde réel ou romanesque, comme celui du dragon, de la licorne, de la sirène, de Dracula, du phénix, de Moby Dick, des gremlins, et d’autres encore, auraient tous une origine possible dans l’immense archipel indonésien. C’est en tout cas ce que propose d’établir l’aventurier et documentariste Lawrence Blair dans une série de quatre films intitulés « Myths, Magic & Monsters », produits par la chaîne britannique Sky Television. Si certains ne vont pas manquer de contester les théories audacieuses du Docteur Blair, la démonstration n’en demeure pas moins brillante et reflète l’amour extraordinaire de cet homme pour la richesse de l’Indonésie. Basé à Bali depuis 1972, il vient d’y présenter ces films-documentaires lors d’une première au restaurant Fabio’s, les 1er et 2 février dernier.

La série propose aussi de faire le tour des nombreux phénomènes paranormaux spécifiques à l’Indonésie : Transe du danseur de Kecak, shows de « force intérieure », dégustation de sang de serpent aux vertus virilisantes, etc. Enfin, une dernière partie présente les animaux extraordinaires, certains même encore inconnu comme cet organisme sous-marin qui se désintègre sous la main du plongeur et se reconstitue en quelques secondes. Défilent aussi le python mangeur d’hommes, l’oiseau aux plumes venimeuses, ou encore, plus sobrement, le chien grimpeur de Kintamani. « La variété de l’âme humaine est déjà dans l’animal », commente Lawrence Blair, qui s’introduit constamment dans l’univers qu’il nous montre et distille de brillantes réflexions lors de pauses face à la caméra. Qu’on ne s’y trompe pas, la narration est très moderne et le produit est bien formaté en fonction des critères de la télé commerciale. Son allure élégante de rock star d’une autre époque donne la touche finale au concept.

« Je connais un guérisseur à Java qui est capable de déplacer les objets, embraser des feuilles de papier ou allumer une ampoule avec sa main », poursuit ce docteur de l’Université de Lancaster. Lawrence Blair nous rappelle ainsi, par l’attention qu’il porte à ces phénomènes dans son travail, qu’on ne peut aimer ce pays sans s’intéresser à cette magie omniprésente dans la psyché locale. Reste qu’en bons cartésiens que nous sommes, nous n’accordions plus beaucoup d’intérêt aux manifestations de psychokinésie depuis les falsifications d’Uri Geller dans les années 70… Dommage pour nous. Cette partie du documentaire est absolument bluffante, notamment lorsqu’on voit le guérisseur en question faire traverser un banc en bois à une baguette chinoise, simplement en la poussant avec la main. Ou encore, lorsqu’il met le feu à une boule de papier en tendant les paumes de ses mains…

« Je suis un aventurier, c’est mon seul moyen pour vivre », commente cet homme de 65 ans, parfaitement francophone, qui a passé son bac au lycée français de Mexico. Son père, « marchand et aventurier », était venu chercher fortune dans ce pays d’Amérique centrale qui donnera au jeune Lawrence l’amour des tropiques. Il découvrira l’Indonésie en 1965, « année de tous les dangers », rappelle-t-il, à la suite de ses parents venus rencontrer le gourou indonésien de la secte de méditation qu’ils ont rejoint au Mexique. Quelques années plus tard, il revient avec son frère cameraman pour faire un film sur les Bugis, ces fameux nomades des mers. Le film est produit par Apple Films, la société de son ami Ringo Starr, qui est le seul à miser sur son talent. Les deux frères vont rester avec les nomades des mers pendant de longs mois. Suivra une expérience similaire avec les Punan de Bornéo, cette tribu nomade du peuple Dayak qui « rêve l’espace de la forêt, car ce sont des psycho-voyageurs », explique Lawrence Blair.

Ces films font partie de la célèbre série « Ring of Fire : an Indonesian Odyssey ». Programmés tardivement au Royaume-Uni dans les années 90 par la BBC, ils ont depuis été diffusés dans 62 pays dans le monde. Dans sa longue carrière, Lawrence Blair a travaillé sur 21 documentaires et a sorti deux livres. Installé à Bali depuis 1972, il se rappelle qu’à cette époque : « C’était le paradis sur terre ». Paradoxalement, à part dans sa dernière série, il n’a jamais vraiment travaillé sur Bali, « devenu trop touristique pour s’y intéresser ». Lawrence Blair, qui possède également un doctorat en religions comparatives, donne des conférences et des interviews régulièrement en Angleterre, aux Etats-Unis et en Australie. En 2005, il a réalisé un documentaire sur cet « homo florensis » fraîchement découvert à Florès. De taille lilliputienne, il appartiendrait à une espèce d’humains disparus, différente des homo sapiens.

En 1988, la première sortie de « Ring of Fire » aurait « doublé le nombre des visiteurs étrangers en Indonésie », selon les termes du ministre du Tourisme de l’époque. Jusqu’à ce jour, il s’agit du seul hommage de l’Indonésie à Lawrence Blair. Le livre « Ring of Fire » est toutefois sorti ici. Mais il est à destination des étrangers car on ne le trouve que dans les aéroports et librairies pour touristes. Si Lawrence Blair connaît parfaitement l’Indonésie, la réciproque n’est pas valable. Ces films n’ont jamais été diffusés en salle, ni programmés à la télé. Malgré ce parcours impeccable qui, ailleurs lui aurait valu les plus hautes distinctions d’un état reconnaissant, Lawrence Blair, comme n’importe lequel d’entre nous, s’inquiète des modalités de son visa et des vicissitudes que pourraient lui créer certains fonctionnaires… Il n’en tire aucune amertume et pense déjà au prochain film. Peut-être sur cette île de Wetar, au nord de Timor, un île infestée de crocodiles où se trouve peut-être une branche encore inconnue du saurien…

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