Raja ampat, un paradis retrouvé

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Ce mot est sur toutes les lèvres, dans toutes les bibles des clubs de plongée, un joyau de l’Indonésie, les îles Raja Ampat entre Papua, Moluques et Sulawesi-Nord. Voilà plusieurs années que je me rends à Sorong, ville de départ pour les îles Batanta, Waigeo et Misool. Sorong ressemble un peu à ces villes pionnières qui ont été construites à la va-vite sur l’emplacement d’un gros village. A l’époque, l’aéroport se trouvait sur une île à 45 mn de bateau, Jeffman Airport, ancienne base américaine datant de la Guerre du Pacifique. Il ne fallait pas que le pilote du Fokker 28 se loupe. Il devait atterrir en tout début de piste et freiner tout du long pour s’arrêter en bout, tout comme dans l’album de Tintin « Vol 714 pour Sydney ». Vraiment un aéroport extraordinaire ce Jeffman ! Pendant l’escale, les passagers devaient descendre de l’avion et chacun pouvait aller se baigner sur des plages de sable fin tout à côté de la piste ou déguster des langoustes grillées à la gargote du coin. Tout cela n’est que souvenir et l’aéroport a été relogé sur la terre ferme.

Partir dans les Raja Ampat n’est pas chose aisée, il faut un bateau, un speed boat si possible car les ferries ne sont pas légion… Andy m’attend sur la jetée du port, rencontré par le plus grand hasard, c’est un Anglais qui a décidé de quitter le monde pour aller s’installer quelque part dans ces îles et y créer un centre plongée et découverte des trésors du coin. Direction Misool, quatre heures de mer et la croisée de paysages karstiques à couper le souffle. Jamais rien vu de pareil ! Nous arrivons enfin à Batbitim, un îlot plus proche de la mer de Seram, aux Moluques, que de la Papua. C’est là qu’est né le Misool Eco Resort grâce à la ténacité d’Andy, Marit et surtout Thorben, un Allemand charpentier de métier qui s’est laissé tenter par cette folle aventure au bout du monde. Tout le resort a été construit avec du bois de récupération sur les plages des îles environnantes. Un exploit !
Raja Ampat a très certainement les eaux les plus claires qu’il m’ait été donné d’observer dans les îles de la Sonde. Ici, personne, peu de population, qui se concentre uniquement sur les grandes îles de Misool et Batanta et encore, ce ne sont que de gros villages. Le Misool Eco Resort, à force de ténacité et de discussion avec le bupati de Misool et le gouverneur de la Papua-Ouest, a réussi à faire comprendre que la pêche à l’explosif était à proscrire et de créer un périmètre de mer libre de toutes pêches, intrusions sur les ilots et autres dégradations. Et ça marche très bien, à tel point qu’aujourd’hui, entre les autorités de l’île de Misool et le Misool Eco Resort, un accord de zone libre de 1 200 km² a vu le jour, où personne ne peut entrer sans autorisation, ni pêcher ou piller ces fonds marins d’une exceptionnelle richesse.

Car c’est de cette richesse de la mer que vient la richesse de la région des Raja Ampat. Zone non touchée, non polluée, un paradis pour les plongeurs qui ne s’y sont pas trompés et viennent de plus en plus souvent en bateaux pour admirer les fonds marins exceptionnels. Le Misool Eco Resort y reçoit les trois-quarts de l’année des plongeurs européens. Pour moi qui suis un terrien avant d’être un poisson, je me suis déplacé plus souvent au départ de Batbitim vers les îles karstiques qui composent le bas Misool. Et quel paysage, dédale de ruelles de mer et rochers aux frises époustouflantes, l’on s’y perd ! Tourner et retourner pour déboucher sans que l’on s’en aperçoive devant une passe qui rentre comme un fjord dans une île isolée. Silence total, demeure des dieux, des ancêtres ou de créatures bizarres… Je mets le pied sur la roche coupante d’un îlot, une grotte s’ouvre devant moi et, avec mon piroguier qui connait mieux que moi les lieux, nous avançons dans un silence entrecoupé du cri des cacatoès qui nous ont repérés depuis bien longtemps. Au bout de la grotte, la lumière redevient plus forte et l’on se trouve face à un lac intérieur bordé par des arbres géants et des lianes. Personne ne vient jamais ici, me dit Isak, nos ancêtres y déposaient dans les anfractuosités des roches les corps des défunts. C’est la demeure du dieu Keo Reo, il protège, du haut de ces falaises, l’âme des anciens. Cela me fait froid dans le dos car vraiment l’ambiance est irréelle. Dans le lac, ô surprise, l’eau n’est pas salée et j’entrevois d’énormes poissons sous la surface des eaux translucides. Quand je dis gros poissons, au moins un mètre vingt. Je n’en saurais pas plus car personne ne vient jamais ici pêcher, les dieux gardent l’antre.
Mon compagnon m’entraine à quelques kilomètres de là dans une eau pure vert tendre comme jamais je n’en ai vue. Autre rencontre de grande classe : des mains stylisées, animaux, en applique sur une falaise qui effleure la mer. Il y a donc quelques millénaires, des êtres auraient vécu dans des grottes qui aujourd’hui sont sous la mer, preuve : ces peintures rupestres qui ne sont qu’à quelques mètres du bord de l’eau. Il y a des millénaires, la mer était d’un niveau plus bas de plusieurs mètres et c’est ce qui explique en grande partie les migrations des peuples aborigènes d’Australie vers le continent ou vice-versa .

Isak est du village de Fafalap, sur le bord de Misool. Beaucoup sont musulmans ici. Tout le monde fait bon ménage et Pak Haji, le chef religieux du village, m’a reçu la veille tout heureux de voir débarquer ici un étranger. Il ne connaît qu’Andy et Marit en fait et s’imagine que je viens de leur part. C’est un peu ça car je suis venu lui demander la permission d’aller vers la caverne des ancêtres, endroit très profondément caché entre les îlots karstiques du bas Misool. Les ancêtres, je le sais, étaient animistes, lui est musulman et mon piroguier chrétien. Mais Pak Haji est aussi le chef de la région et le gardien de la zone de pêche et de conservation d’une partie des forêts de Misool. Un personnage très important qui a joué un grand rôle dans la réussite du projet d’Andy et Marit. Il est allé à La Mecque il y a trois ans et son prestige est grand. C’est un homme de sagesse, respecté de tous et il donne les directives à Isak pour que tout soit ok et que je puisse découvrir sans souci le dédale sans fin du plus bel endroit mer-terre de la planète.
Difficile retour à la réalité, se retrouver à Sorong où le trafic est désordonné, chaleur intense, hôtel quelconque… Au jour d’aujourd’hui, Raja Ampat me revient souvent en songes, je me remémore les moments passés, seul avec mon piroguier, devant les géants karstiques aux formes inconnues, ces mains stylisées comme un appel à venir découvrir un monde qui n’existe nulle part ailleurs. Et puis cette mer, d’un vert et d’un bleu inouïs, eau pure sans plastiques où le seul fait de mettre la tête sous l’eau avec masque et tuba est un pur moment de bonheur, couleurs intenses des coraux mous, gorgones, anémone, poissons de toutes formes et de toutes tailles qui s’approchent sans méfiance du nageur, le rêve et le paradis des plongeurs sans aucun doute.
De Sharm el-Sheikh à Koh Tao, de Bali à Palau, tous n’ont qu’un seul nom en tête, Raja Ampat. Et je vous invite vraiment à venir découvrir cet endroit en dehors des routes ou des navigations du monde, comme une source inépuisable de découvertes en tous genres sous et sur la mer. Le dernier rendez-vous des amoureux du beau, de l’insolite, du grand calme dans la découverte, un luxe aujourd’hui.

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