Pain, amour et chocolat à Bali avec Café Moka

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Il fut un temps pas si lointain, les années 90, où les étrangers qui vivaient à Bali avaient fait leur deuil de tout un tas de bonnes choses de leurs pays d’origine. En venant s’installer ici, ils s’étaient résolus à ces sacrifices et ne s’en souciaient guère, du moins en apparence. En effet, une petite discussion entre amis le soir autour d’un verre pouvait soudain donner lieu à de féroces accès de nostalgie gustative. Et certains se révélaient alors tout simplement prêts à tuer pour une bonne baguette ou un millefeuille… En ouvrant cette première boulangerie avec son épouse Muriel Chaliot et son partenaire d’alors Régis Requis, Laurent Juillard savait donc ce qu’il faisait. En pionnier, il avait mis le doigt sur un besoin réel et qui n’a cessé de grandir depuis, ouvrant ainsi la voie à tous ces restaurants et épiceries qui prospèrent aujourd’hui à Bali auprès d’une clientèle étrangère résidente ou en vacances. « De toutes façons, même les touristes, après une semaine à manger du riz tous les jours, ils n’en peuvent plus, ça leur sort par les trous de nez », affirme Laurent Julliard d’un œil malicieux derrière ses lunettes.

Reste qu’il fallait ouvrir la voie. Pour ce Français qui a grandi en Nouvelle-Calédonie et qui a bourlingué dans de nombreuses contrées après son diplôme d’ingénieur de l’ISTOM, la découverte de Bali a été déterminante dans son choix de carrière. A l’époque, occupé à expédier des vêtements fabriqués à Bali qu’il revendait en France, l’idée de l’expatriation fait peu à peu son chemin. « J’avais découvert Bali en 1983 pour des vacances et je suis revenu y faire des affaires de plus en plus souvent. Début 90, j’ai décidé que j’en avais marre de la chape de plomb qui, en France, écrasait les petits entrepreneurs, aucun avenir, et j’ai commencé à étudier les opportunités à Bali. Ma première idée alors avait été d’ouvrir un glacier à Legian », se remémore-t-il. Malheureusement, les commerces de glace ne semblent pas marcher à Bali et il change d’idée mais reste néanmoins campé sur les métiers de bouche. De retour en Avignon, où il vit alors, il convainc son ami Régis Requis, boulanger de métier, de s’associer dans un projet de cette nature. Une sorte de boulangerie doublée d’un espace dégustation de plats cuisinés bien de chez nous, concoctés par son épouse. L’idée du Café Moka prend forme.

Avec une mise de départ minime, 100 000 francs (15 000 euros), les deux associés reprennent en « over contract » les locaux de l’actuel Café Moka de Seminyak et ouvrent l’atelier de production à Padang Sambian. Premier écueil, le matériel qu’ils ont envoyé de France va rester bloqué en douanes pendant six mois à cause d’un papier manquant. Ils finissent par ouvrir en mai 1997. « Le moins qu’on puisse dire, c’est que ça a démarré lentement. Et après, boum, ça été la fameuse crise financière asiatique où les prix des produits d’importation, pour nous essentiellement le beurre, la crème et la farine, ne cessaient de grimper sans qu’on ait la moindre idée jusqu’où ça irait », raconte-t-il. C’est seulement à partir de 1999-2000 que l’affaire semble sur les bons rails. Entretemps, l’associé de la première heure Régis lui revend ses parts pour ouvrir ce qui est devenu aujourd’hui Archipelago Adventure, une société de randonnées sportives (cf. La Gazette de Bali n°58 – mars 2010).

Comme les affaires vont bien et que la clientèle lui suggère d’ouvrir vers Canggu, Laurent Juillard décide d’ouvrir une deuxième enseigne en 2002. Malheureusement, alors que l’emplacement est loué, survient le premier attentat à Bali. « J’ai attendu jusqu’en 2003 avant de le démarrer mais celui-ci a été un succès immédiat », affirme-t-il. Avec deux boutiques, le fournil de Padang Sambian a du mal à fournir et Laurent Juillard ouvre en 2005 une véritable usine de production Jl Cargo à Denpasar. Suivront l’ouverture à Ubud en 2006, puis en 2008, celle de Bukit. Des dix employés du début, les Café Moka emploient aujourd’hui une soixantaine de personnes. « Bon salaire, qualification et relative autonomie, le personnel est fidélisé », s’enorgueillit Laurent Juillard qui affirme par ailleurs savoir comment gérer ses employés, tous balinais. Et ce problème récurrent d’incompréhension culturelle entre deux mondes, dont on a souvent écho ici dans le milieu de l’entreprise, semble avoir été évité à Café Moka.

Père de deux enfants, de 11 et 15 ans, également partenaire des villas de luxe Bali Dyana Villas, un établissement réputé de Seminyak, Laurent Juillard commence à penser à lever le pied… et à se tourner vers d’autres passions. Et même s’il rêve toujours de vendre ses croissants à une clientèle purement indonésienne à Denpasar – il a d’ailleurs en ce moment à l’essai un point de vente à Monang Maning – ce Parisien de naissance est amateur de voile et de musique électronique. Alors les idées fleurissent… comme celle de créer une compagnie charter de voiliers dans l’archipel. Après les petits fours, le grand large !

Café Moka, Jl Raya Seminyak
tél. (361) 731 424
www.balidyanavillas.com

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