La passionaria des nouveau-nés

PARTAGER SUR

L’implication de Robin Lim dans les soins dispensés aux futures mamans à Bali est venue d’un constat simple qui est loin de se démentir avec le temps. Selon un rapport publié dans le Jakarta Post au début 2006, la mortalité maternelle en Indonésie est la plus importante des états membres de l’ASEAN avec 307 morts pour 100 000 naissances. En ce qui concerne Bali uniquement, ce taux est plus de deux fois supérieur avec 718 décès pour 100 000 naissances. D’après cette obstétricienne de formation, également membre de l’Association des sages-femmes indonésiennes, près de la moitié de ces décès est due à une hémorragie post-accouchement « causée par des problèmes de malnutrition ».

Il y a quatorze ans de cela, Robin Lim est arrivée à Bali avec son mari et ses enfants (au nombre de sept aujourd’hui) par « intérêt anthropologique » et avec l’intention de changer de vie. Robin enseigne dans une école primaire et va rester près d’un an dans ce petit village de sculpteurs, accueillis dans une famille. Robin est enceinte et accouche sur place, entourée de tous les soins et de toute l’attention dispensés habituellement par les Balinais. Une révélation pour cette Américaine de père allemand et de mère philippine. Elle écrira ensuite de nombreux articles décrivant tous ces rites par le menu dans des revues médicales.

Consciente que de nombreuses personnes n’ont pas accès aux soins, elle commence à prodiguer son savoir-faire, comme bénévole, dans le dispensaire local. A la demande d’Inne Susanti, une doctoresse responsable d’une commission d’enquête de l’Unicef, Robin Lim se retrouve finalement de plus en plus impliquée et met sur pied un projet à la hauteur de ses convictions en matière de santé. Son idée est de « faire revivre les traditions perdues liées à la grossesse, la naissance et l’allaitement» afin de s’opposer au méthodes modernes « importées par l’Occident, principalement les Etats-Unis » qui ont cours en Indonésie.

Selon Robin Lim, qui est aussi une éminente nutritionniste, la principale raison de la mortalité maternelle est l’apport quasiment nul en vitamine du riz blanc, qui reste l’aliment essentiel des plus pauvres à Bali. Elle a écrit un ouvrage (Eating for two) largement publié dans les pays de langue anglaise qui décrit les besoins de la femme enceinte et de son bébé. Des besoins qui, selon elle, ne sont pas couvert par ce riz blanc fertilisé « pour obtenir trois récoltes par an » et dont les méthodes de traitements, de l’engrais aux insecticides, « ont été importées des Etats-Unis ». Aujourd’hui, à la maternité Bumi Sehat, on ne consomme que du riz organique et les futures mamans suivies par les bénévoles de l’association reçoivent un programme d’apport en vitamines.

Robin Lim se souvient que tout s’est développé rapidement et qu’il a fallu construire des locaux afin de faire face à cette demande sanitaire grandissante. Le personnel de la maternité comme les mamans qui y viennent pour les consultations et l’accouchement, est multiconfessionnel et les différentes traditions religieuses sont respectées. Il n’y a pas de tarifs, les patients payent par donation, et lorsque les parents le souhaitent, un dukun balinais est présent lors de l’accouchement. Le nouveau-né et sa maman ne sont pas séparés, on ne coupe d’ailleurs pas le cordon ombilical, et on y pratique l’accouchement aquatique à la demande. Comme on peut s’en douter, les fonctionnaires du département de la Santé chargés de donner les autorisations n’ont pas toujours perçu la démarche d’un bon œil mais « cela s’est arrangé depuis » explique-t-elle.

Auteur du livre « After the baby’s birth », Robin Lim est bien sûr une militante intransigeante de l’allaitement naturel. « Contrairement à ce que prétend la pub à la télé, les enfants allaités au sein sont plus intelligents », explique-t-elle et ajoute que trop de médecins sont asservis aux groupes pharmaceutiques « pour s’offrir une Roleix ». L’association fait aussi la promotion d’un planning familial « naturel » pour les familles de villages reculés qui n’auraient pas accès aux méthodes de contraception et travaille sur le terrain, au sein même des communautés, pour « créer des structures sanitaires durables, des projets éducationnels ou des programmes de prévention du Sida ».

Comme on le voit, les activités de Robin Lim et de son équipe de bénévoles au sein de l’ONG Bumi Sehat ne s’arrêtent pas à l’unique maternité de Nyuh Kuning. Après le tsunami à Aceh, Bumi Sehat a mis sur pied une clinique de premier secours à Samatiga qui est toujours opérationnelle à ce jour et aussi un centre pour les jeunes en difficulté à Bali. Et quand on s’appelle Bumi Sehat (terre saine), on ne peut évidement pas se désintéresser des insolubles problèmes de pollution qui touchent Bali. L’ONG a ainsi mis en place un service de collecte et de recyclage des déchets plastiques afin d’éviter que les villageois ne continuent à les brûler ou à les jeter n’importe ou.

Pour Robin Lim, la vie est un combat. Poétesse depuis l’enfance, contestataire pour toujours, cette Californienne a des allures de Joan Baez. Elle a crée à Bali une maison d’édition pour publier ses poèmes et affirme à qui veut l’entendre qu’elle a « honte d’être américaine ». Ses écrits, comme ce poème intitulé « Good morning middle age », dans lequel elle décrit cette Amérique au ventre mou qui règne sur le monde, lui ont quelque fois valu des ennuis dans son pays d’origine. Elle rappelle ainsi que Barbara Bush a refusé qu’il soit lu lors d’une réception à la Maison Blanche.

PARTAGER SUR

PAS DE COMMENTAIRES

LAISSER UNE RÉPONSE