Kintamani peut faire un bon café

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Stéphane Fournier, Montpelliérain de 34 ans en charge de mener à bien ce projet pilote pour le compte du CIRAD (Centre de Coopération Internationale en Recherches Agronomiques pour le Développement), le dit sans détour : « L’image porteuse de Bali à travers le monde a été importante dans le choix du café de Kintamani pour cette première tentative de création d’une IG en Indonésie ». Le projet remonte à 2001 et à un constat. Depuis qu’une marque japonaise s’est appropriée le label Toraja pour un de ses cafés, l’Indonésie ne peut plus utiliser le nom de cette région productrice à l’export. Après un séminaire sur les droits de la propriété intellectuelle à Jakarta, le gouvernement indonésien a demandé à la France, championne de la spécialité, sa coopération pour l’établissement d’une Indication Géographique sur le café. Trois régions productrices de l’archipel, qui est le 3e producteur mondial, étaient en lice, et c’est finalement Bali qui a été choisi.

C’est cependant sur des critères plus techniques, en accord avec les éléments déterminés par l’Organisation Mondiale du Commerce et l’INAO (Institut National des Appellations d’Origine) que le choix s’est opéré. En 2002, une mission préparatoire a analysé avec soin la contrée de Kintamani et ses plantations de caféiers qui s’étendent entre les monts Batur et Catur. Les atouts de la région, tels « l’homogénéité agro-écologique, l’homogénéité des systèmes de culture, l’organisation des subak, l’implication des producteurs et le côté culture locale du produit» ont été retenus dans le rapport des experts français et indonésiens. Il est vrai que le café à Kintamani est une vieille histoire. L’archipel indonésien a été le premier lieu d’implantation du café hors d’Afrique, importé par les colons hollandais.

Reste que le Kopi Bali n’a jamais jusqu’à présent bénéficié d’une image de produit de qualité. Il suffit de le goûter pour s’en rendre compte. Il s’agit d’un médiocre robusta, souvent moisi et au goût de terre. « Une mauvaise sélection des cerises de café lors des récoltes et un procédé de séchage incapable de révéler le potentiel du café de Bali, en sont les causes principales », explique le chercheur Stéphane Fournier. Avec le soutien du Service de coopération et d’action culturelle (SCAC) de l’ambassade de France et l’appui technique du CIRAD et de l’ICCRI (Indonesian Cocoa and Coffee Research Institute), la priorité a donc été de remédier au problème en initiant une méthode de transformation plus élaborée, dite par voie humide. La volonté du gouvernement régional de promouvoir le café de Kintamani a permis de débloquer des fonds afin que les subak commencent à s’équiper des outils nécessaires à cette méthode. Des acheteurs traditionnels de Kintamani, comme la société Indocafco, intéressés par l’amélioration de la production, ont aussi équipé certains subak. Aujourd’hui, presque la moitié de ces organisations agricoles sont outillées pour produire un arabica de qualité. De leur côté, des sociétés privées comme PT TAM procèdent également à une transformation du café de Kintamani par voie humide dans leurs usines.

Mais un certain nombre d’obstacles se dressent encore sur la route de l’élaboration de cette IG. Parmi eux, le flou des limites de la zone de production ou encore le manque total de méthodes de traçabilité du produit. Stéphane Fournier, qui est maître de conférence en économie à l’IRC/SupAgro, s’est donc attelé à la tâche dans son bureau du département local du ministère indonésien de l’Agriculture, mais aussi sur place, dans les montagnes de Kintamani. Sa mission de 15 mois devrait s’étendre jusqu’à août 2007, fin de la période de ramassage de la première récolte des cerises de café de Kintamani bénéficiant de l’IG. Selon les critères requis par l’OMC, pour valider une IG sur les marchés mondiaux, le pays demandeur doit aussi mettre en place une législation ad hoc au niveau national. Malheureusement, alors que la loi a été préparée en parallèle avec la contribution du Ministère français des Affaires Etrangères, des juristes de l’INAO et du CIRAD, elle n’aurait pas encore reçu l’aval du gouvernement. « Nous attendons, cela devrait arriver très prochainement », déclare Stéphane Fournier avec philosophie.

Le choix du nom fait aussi l’objet de nombreuses spéculations. Comme le mentionne un rapport, devra-t-on dire « Café de Bali », préjudiciable à cause du peu goûteux Kopi Bali ou « Café de Kintamani », région inconnue pour le café et mot à « consonance vulgaire en japonais », acheteur cible principal de ce projet. Les négociations vont bon train. Enfin, la notion d’IG s’appliquera-t-elle au café torréfié ou pas ? Selon le fonctionnaire français, il est plus que probable que l’IG soit attribuée au café torréfié sur le marché indonésien et seulement au café vert (café marchand ou vendu en gros) pour l’international tant « il sera impossible de contrôler ».

Si ce projet pilote réussit, il donnera lieu à de nombreuses autres initiatives. Sur la liste dressée par le gouvernement indonésien, on trouve d’autres cafés, le fameux Toraja, celui de Flores, celui de la vallée de Baliem en Papouasie, mais aussi la patate douce de Cilembu, la noix de muscade de Banda, ou encore la vanille de Bali. Enfin, faut-il le préciser, la certification IG ne s’applique pas uniquement aux produits comestibles. Sur la liste des spécialités régionales à labelliser, l’Indonésie prévoit également d’ajouter les peintures de Batuan à Bali et les forges de Batur à Java Centre. Jusqu’alors peu soucieuse des notions de propriété intellectuelle et d’appellation d’origine des milliers de produits piratés présents sur son sol, l’Indonésie semble donc prendre conscience du problème, tout au moins en ce qui concerne sa propre production.

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