A Sumba, l’authenticité est présente partout !

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La Gazette de Bali : Nous, francophones d’Indonésie, nous ne pouvons pas regarder la télévision française, peux-tu nous présenter ton émission ?

Christian Karembeu : L’idée nous est venue, à moi et à Xavier Lefèvre, sur une envie commune de faire un sujet sur les peuples insulaires. Xavier, c’est le réalisateur de « En terre Inconnue » et de « Vu du ciel », un expert en documentaires et autres émissions de voyage. Sinon, pour moi, c’est très simple, je suis kanak et je me souviens encore aujourd’hui que, quand je suis arrivé en métropole, personne n’avait la moindre idée d’où je venais. Pouvoir faire ce programme pour emmener les téléspectateurs français à la découverte de ces îles et de leurs habitants, c’est donc quelque chose qui me tenait à cœur. La première série de trois émissions nous a permis de faire découvrir Mayotte, les Marquises et la Nouvelle-Calédonie. Les deux premières étaient bien évidemment des découvertes pour moi aussi, mais pour mon retour au pays, c’était un peu étrange… Je devais poser des questions dont je connaissais les réponses !

LGdB : Peux-tu nous expliquer pourquoi ce projet d’émission te tenait tant à cœur ?

C K : Il y a plein de peuples français inconnus… Ainsi, avec « Des îles et des hommes », on a devancé le débat récent en France sur la nationalité. Et puis, c’est également tombé en plein dans l’année de l’Outremer, l’année ultramarine. La première saison concernait des îles francophones, avec Mayotte par exemple, qui présente la particularité d’être à majorité musulmane. Un écho intéressant dans le cadre du débat qui a lieu en France. Sinon, d’un point de vue personnel et technique, c’était plus facile pour moi en français. Pour les téléspectateurs aussi d’ailleurs. Il y a des similitudes dans ces îles. La culture est orale. Leurs traditions, les danses, les arts, les sculptures de pierre ou de bois ont toutes des points communs. Et puis, il y a ce rapport à la nature, l’écologie est innée, naturelle. On fait plus attention à la nature.

LGdB : C’est la deuxième série que tu tournes. C’est donc un succès d’audience ?

C K : Un succès, je ne sais pas… En tout cas, cette fois, pour cette nouvelle série de trois émissions, nous sommes allés ailleurs. Tout d’abord, aux îles de la Reine Charlotte, l’archipel Haida Gwaii dans la langue native, au large de Vancouver. Il nous fallait un peu de diversité, on ne pouvait pas visiter que des îles tropicales paradisiaques. Par principe, à l’image, nous ne montrons ni modernité, ni Blancs. Notre ligne éditoriale est de rechercher l’authenticité de ces îles et de leurs habitants. Cette fois, nous sommes également passés par Wallis-et-Futuna.

<emb2620|left>LGdB : Oui, alors, pourquoi venir en Indonésie comme 3ème destination ?

C K : Quand on parle île, l’Indonésie s’impose non ? Sinon, à titre personnel, j’étais déjà passé par Jakarta, Bali et Lombok à l’époque de Suharto. C’était dans le cadre du foot.

LGdB : Pourquoi choisir Sumba dans un archipel de 17 000 îles ?

C K : A une heure d’avion de Bali, on trouve un endroit vierge et authentique.

LGdB : Qu’est-ce qui t’a frappé dans cette découverte ?

C K : A Sumba, on redescend sur terre. Nous sommes allés chez les Kodi, à l’ouest. Ce sont tous des guerriers. C’est aussi là qu’on trouve l’habitat le mieux conservé, notamment le village de Ratingaro qui ressemble au village d’Astérix. Un vrai village gaulois…Nous sommes là, face à la mer, avec les tombeaux royaux disséminés derrière nous, des chevaux partout et cette foule massive qui nous scrute… Ils semblaient tout aussi surpris que nous. Chaque phase du tournage était soumise à leur accord. Sinon, cette fois, à cause de la langue, on a perdu un peu de spontanéité. Mais bon, à Sumba, l’authenticité est présente partout, il y a le respect des anciens, la vie communautaire. Il y avait cet entrainement à la Pasola, nous nous sommes greffés dessus. Nous ne provoquons jamais les événements que nous filmons.

LGdB : Y as tu trouvé des similitudes avec ta culture kanak ?

C K : Sumba est surtout une société tournée vers la terre. Bon c’est vrai, je suis allé à la pêche avec eux, sur une petite pirogue à voile, mais ce n’est pas un peuple marin. Ils ne plongent pas et quand il y a trop de vent, ils rentrent vite au village. Chez nous, en Nouvelle-Calédonie, la terre, le cadastre tel qu’il est déterminé par la coutume, va jusqu’en mer et dans les fonds marins. C’est différent de Sumba.

<emb2621|right> LGdB : Reviendras-tu en Indonésie pour une suite de ton émission ?
C K : Oui, on reviendra, mais pour un angle nouveau, inconnu. Et moi je reviendrai, c’est sûr, même sans faire de tournage…

LGdB : Nous avons plein de gens de Nouvelle-Calédonie qui passent par ici. A l’inverse, quelle est l’image des Indonésiens vue de ton île ?
C K : A l’époque du boum du nickel, dans les années 70, ça a attiré beaucoup de mains d’œuvre étrangères, notamment des Indonésiens. Aujourd’hui encore, ils sont bien présents, surtout dans les commerces, c’est comme ça qu’on connaît le batik là-bas.

LGdB : Pour conclure, ton sentiment sur Bali ?
C K : Je ne connais pas vraiment car nous n’y sommes pas restés longtemps. J’ai adoré la mixité culturelle et aussi religieuse. On dirait un pays très calme et serein. Une île qui respire l’ambiance de toute l’Indonésie. J’aimerais revenir rapidement en vacances. L’Indonésie est une nation en devenir, en plein boum mais elle reste abordable, à la portée de tout le monde.

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